Onze ans que ça dure. Onze années à fédérer dans un genre qui n’a cessé de décliner. Onze années passées à être encensé par la critique. Malgré les pressions des labels, les embrouilles au sein du groupe, les side-projects de crées mais pas forcémment mis à terme, les tournées sans fin… Onze ans à se tenir debout tandis que d’autres ont baissé les bras et se sont avoués vaincus. Mais soyons francs, si les Deftones en sont là où ils sont aujourd’hui, ce n’est pas sans mal : après une vertigineuse escalade faite de trois premiers albums, le premier raté vient sous la forme du projet de Chino Moreno : Team Sleep. Un groupe électro new-wave où les ambiances prennent le dessus. Les fans de la première heure se sentent trahis et désespèrent d’écouter du nouvau son néo-métal. Et lorsque sort enfin ‘Deftones‘, le quatrième disque éponyme, c’est la grande déception : sans être mauvais, il s’avère être trop lisse. Rien de catastrophique cependnat : l’opus est même bon. Mais il est tout de même boudé par les fans, pour qui l’attente fut injustifiée… S’ensuit alors une grande période de doute avec un best-of sorti parce que les membres du groupe, amputé de Chino parti tourner pour Team Sleep s’ennuient. On s’attend inévitablement à l’annonce d’un split, mais rien. Jusqu’à ce qu’on entende parler d’un certain ‘Saturday Night Wrist‘. Un nouvel album annoncé comme étant plus brut, heavy et qui remettrait les points sur les I.

Fin du flashback, le disque est maintenant sorti et devrait même déjà tourner en heavy rotation. Les fans ont d’ailleurs pu être rapidement rassurés, dès les premiers morceaux : ‘Hole In The Earth‘ est typiquement le single post ‘White Pony‘ avec tout ce qu’il faut de mélodique et d’envolées aériennes. Se suivent alors plusieurs morceaux où l’on se rend compte progressivement que ce disque n’est rien d’autre qu’un long coup regard posé sur toute une carrière passée : le groupe nous ressert volontiers ses titres métal extrêmement brutaux aux guitares incisives (‘Rapture‘, le très vigoureux ‘Ratsiratsirats!‘) période ‘Around The Fur‘ / ‘Adrenaline‘, ou autres morceaux aux ambiances feutrées (‘Riviere‘) voire planantes (d’un côté le morceau spatial’Xerces‘ et de l’autre, le torturé ‘Combat‘) qui rappelleront encore une fois ‘White Pony‘… Les Deftones iront même jusqu’à puiser dans la très courte discographie de Team Sleep pour pondre des instrumentales inattendues (un beat hip-hop pour ‘Pink Cellphone‘).Tout ça, sans la désagréable impression de s’être fait refiler un best-of maquillé. Parce que ‘Saturday Night Wrist‘, reste frais sans être excellent ni même original. Et ce, à cause ou grace à ce précieux bagage musical -de qualité- que se trimballent les Deftones depuis onze ans.

Bref, dorénavant, on cessera de se demander si un album des Deftones est bon ou pas. On se contentera plutôt de se demander s’il s’agit de l’ultime album.