S’il est bien un âge d’or de la musique pour un type de mon âge, c’est bien la scène rock US des années 90 à base de Rage Against The Machine, de Tool, de Smashing Pumpkins ou encore de Pearl Jam entre autres. Je n’ai donc jamais compris pourquoi dans la scène française, personne ne s’était jamais vraiment ‘vanté’ du même genre d’influences. Et bien il semble enfin qu’un groupe français les revendique et qui plus est, les ai digérées pour nous proposer un son digne de ce nom car c’est bien beau aussi de citer des sources telles que Tool mais encore faut-il assurer, parce que là, c’est du lourd en termes de comparaison ! Un défi que le groupe Inuendo est bien décidé à relever sur son album intitulé ‘Focus On The Heart Of Things‘, un disque auto-produit qui fêtera bientôt sa première année d’existence. L’occasion de revenir sur un groupe franchement prometteur.

C’est donc avec plaisir que l’on peut se plonger dans cet album à base de ‘rock inspiré du métal et du hardcore avec des passages incisifs et écorchés entrecoupés de superbes plages planantes et aériennes‘ comme le décrit si bien le groupe lui-même. Un groupe qui me fera surtout penser à Tool grâce à des compos du même type, c’est-à-dire des morceaux un peu planants dotés de breaks prenants, d’une guitare lourde et envoûtante, d’un chant maitrisé et bien évidemment d’une section rythmique batterie-basse franchement inspirée dont bénéficie déjà le titre d’ouverture ‘I Wish & I Swear You‘ tout autant que le second titre, ‘My Life Has Been Too Short‘ qui s’inscrit lui, dans une lignée musicale digne d’Incubus dans son intro. Même si, malgré l’ambiance planante apparente, les instrus guettent le moindre moment de répit pour révéler leur caractère plus emporté ! Inuendo n’hésitant pas non plus à lancer quelques invectives sonores par le biais de Tom dont le chant hardcore (limite ‘rappé’ sur les couplets) est cependant assez retenu pour que les deux atmosphères abordées se rejoignent dans une ultime étreinte musicale qui ne risque pas de vous laisser de marbre. Oui, ça décoiffe pour de l’auto-prod’, je ne le cache pas ! On s’aperçoit vite aussi que les titres font en moyenne 5 mn, une longueur qui n’entame en rien le plaisir d’écoute et permet aux morceaux d’offrir différents univers plus ou moins intensifs dans une seule et même composition à la manière de Tool. D’ailleurs, mon gros coup de coeur de l’album, ‘The Answer‘ est à s’y méprendre ! Avec son intro qui se joue de l’effet stéréo envoyant ainsi valser la voix sombre et assurée de Tom dans un ‘ping-pong auditif’, le titre s’appuie sur une guitare fortement inspirée dont le son grave et lourd, se voit accompagné par la batterie et la basse tout en subtilité de Seb et Ben. Tout y est pour qu’on s’y trompe, y compris le break à la guitare de Djul qui nous gratifie d’effets de toute beauté dont un solo trippant et emporté redynamisant une composition qui ne manquait déjà pourtant pas d’intérêt et qui m’aura sérieusement fait penser au titre ‘The Pot‘ présent sur 10,000 Days.
Mother Part I‘ est la seule ballade présente sur le disque, menée à la guitare acoustique, cette ‘accalmie’ musicale dotée d’un chant presque lointain, apaisé et doublé d’un discret choeur, s’achève sur des effets sonores dignes des transitions de Tool faisant ainsi le lien avec le morceau suivant ‘Please‘. Alors que ‘Mother Part II‘ contraste forcément, Inuendo étant ici lancé dans une dynamique plus rock que métal qui constituait jusqu’alors le plus gros de l’album. Un titre plus simple, presqu’évident mais très catchy dans son genre grâce à une mélodie imparable.
Vanilla Sky‘ signe le retour du groupe au métal au même titre que ‘Sick‘ dont l’intro électro laisse vite place à une deuxième partie plus hard avant de se terminer dans une débauche sonore limite hardcoresque. Une fin d’album un peu plus brute qui se perpétue avec ‘Realize‘, à base de basse slappée (façon Primus) et d’un chant évoluant avec aisance entre deux univers antagonistes. Rien de tout ça n’empêchant d’ailleurs les enchaînements sonores de se faire avec une grande subtilité, prouvant que l’album tient plus du trip audio que de la succession de morceaux classique. L’album se termine d’ailleurs sur une sorte d’interlude, plus parlé que chanté mais tout aussi trippant, avant de nous balancer en continu un son qui ferait presque penser à un mystérieux message se répétant à l’infini. Bien évidemment non sans raison car c’est après 10 mn que le groupe nous balance une ghost track tout en déferlement sonore pour un titre métal plus simple, plus direct toujours scindé en deux mais réellement efficace, mené par une basse omniprésente.

Au final, on se retrouve donc avec un album de très grande qualité dans les mains aux compositions complexes et hyper travaillées. Fortement inspirés, les musiciens nous livrent ici un véritable hommage à la scène US des années 90 sans pour autant tomber dans les travers de la copie pure et simple, grâce à un habile jeu de sensibilités musicales très contrastées, faisant que tout auditeur passant à proximité de cet album ne pourra qu’être happé par ce ‘Focus On The Heart Of Things‘. Il ne vous reste donc plus qu’une chose à faire, aller écouter à votre tour quelques titres sur leur page Myspace afin de découvrir en (petite) partie l’étendue de leur incontestable talent.