S’il est un groupe qui sait se renouveler à chaque album, tout en gardant a chaque fois le même esprit et un son qui lui est propre, c’est bien Queens Of The Stone Age. Neuf ans d’existence, et déjà le cinquième album studio du groupe. Line-up remanié a chaque fois, comme pour se renouveler et chercher l’inspiration ailleurs, explorer de nouveaux terrains, sans cesse. Á la base, le trio magique : Joey Castillo à la batterie, Troy Van Leeuwen à la guitare et évidemment, le géant roux Josh Homme au chant et la guitare. Et le cinquième album des Queens s’appelle Era Vulgaris.

Autant le dire tout de suite, j’ai eu du mal à entrer pleinement dans l’album lors des premières écoutes. Comme pour le précédent, Lullabies To Paralize. Beaucoup moins immédiat qu’un Songs For The Deaf, le groupe renouant avec sa tradition des morceaux acides et hallucinés, dignes des deux premiers albums de leur discographie.

Si ‘Turnin’ On The Screw‘ lance doucement les hostilités, avec un riff ultra répétitif, et une voix posée et monocorde, le premier single du groupe, ‘Sick sick sick‘ se charge d’allumer la première mèche rock. Crade évidemment. Même système de riff répété presqu’à l’infini sur le couplet, refrain ultra basique et outro bien enlevée, la back guitare aérienne survole le tout, et Josh Homme de démontrer sa classe ultime, par une envolée courte mais intense au chant. Don’t Resist chante-t-il. Ok bonhomme, on est à fond dedans maintenant.

Comptine Rock-pop déglinguée, ‘I’m Designer‘ ne s’inscrira pas comme un des chefs-d’oeuvre du groupe, mais comme un des bons morceaux qui font que l’album ne se répète jamais. Plus loin c’est la rythmique hypnotique de ‘Misfit Love‘ et la voix perchée d’Homme qui captent l’attention. Mention spéciale pour ‘Battery Acid‘ qui ravive la flamme Eagles Of Death Metal chez le chanteur, également batteur chez eux.

Puis vient le gros du cd. Les deux titres centraux. ‘Make it wit chu‘ illustre tout d’abord le cas Qotsa à merveille. Tiré des Desert Sessions, son groove implacable, sa rythmique pop et sa tonalité sexuelle à souhait apporte une bouffée d’oxygène dans un album qui ressemble jusqu’ici a une nuit d’été étouffante. ‘make it wit chu‘ fait en fait partie de ces chansons sur laquelle on a envie de tenir une fille dans ses bras et de l’allonger sur le lit, avant de lui sussurer don’t resist… mais je m’égare. ‘3’s & 7’s‘ et son riff cowboy relance la machine rock. Tube en puissance, il refile la pêche à un album certes déjà burné mais pas forcément enthousiasmant du début à la fin.

La fin de l’album est plus vaporeuse. ‘Suture Up Your Future‘ nous noie dans une atmosphère plus sombre qu’auparavant, tout comme avec ‘River in the road‘ et son climat inquiétant, la cause à une rythmique répétitive qui vient chahuter et finalement presque harceler l’auditeur, tout comme l’hystérie instrumentale de ‘Run, pig, run‘ qui tranche avec une voix plutôt haute, et bien cassée par de petits riffs étranges et presque dans un esprit burlesque.

Qotsa tient là son premier grand barnaüm, sorte de petite boutique des horreurs, au climat pesant, voir même sombre et presque inquiétant sur quelques pistes, cet album divisera c’est certain, et moi même je m’incline en disant que s’il reste énorme de bout en bout, ce n’est probablement pas l’album qu’on retiendra d’eux dans vingt ans, la faute à un manque de perles rock, comme pouvait en contenir Songs for the deaf. Moi je m’en fous, je trouve que ce genre d’ambiance pesante et assez agressive très réussie, elle ne laisse pas l’auditeur de marbre, et permet même aux Reines de se renouveler tout en gardant les codes qui lui sont propres musicalement parlant et rien que ça, ça poutre sévère.