Quand on a ses groupes chouchous, on est toujours attristé de leurs petits tracas, d’un changement de line up, pire, d’un split… et quand on a suivi Fear Factory comme moi depuis plusieurs années, on a connu la tristesse du split, la joie de la reformation mêlée à la déception d’un membre non réintégré. Mais quand ce membre n’est autre que Dino Cazares, et quand il décide de sortir un nouveau projet, autant dire que je me retrouve à piaffer comme un gosse. Bon, ne serait-ce que musicalement, c’est pas comme si le gaillard s’était tourné les pouces : toujours très présent en Amérique Latine avec le cultissime Brujeria ainsi qu’ Aesino, participation au ‘Roadrunner United‘ en tant qu’un des quatre capitaines ayant pour charge de collaborer avec une pléiade de grands noms du métal. Et bien figurez-vous qu’il nous concoctait un petit projet pas piqué des vers avec ce Divine Heresy. Il a pris son temps pour recruter les personnes adéquates à cette entreprise qu’il prend au sérieux et qui lui tient à coeur. Au final, le line-up est minimaliste, Dino assurant évidemment les guitares, Tim Yeung (Vital Remains, Hate Eternal) la batterie, Tommy Vext au chant. Le tout est produit par Dirty Icon, duo regroupant Lucas Banker et l’ancien grateux tatoué de Machine Head et Soulfly, Logan Mader qui confirme son changement de la 6 cordes aux manettes. Changement plutôt réussi d’ailleurs…
Ce ‘Bleed The Fifth‘ ne révolutionne pas franchement le genre mais livre une énergie fort agréable avec une touche Fear Factory indéniable mais se montre aussi capable de surprendre par moments. Cette énergie est perceptible dès le titre d’ouverture éponyme de l’album où Tim Yeung montre tout de suite de quel bois il peut se chauffer en balançant une bonne dose de blasts hyper rapides. Les autres ne sont pas en reste, Dino comme à son habitude délivre un riff bien brutal et tranchant particulièrement headbangable sur le break, voire même pachydermique sur un autre break ou de courts instants de silence viennent s’intercaler dans le rythme réhaussant la lourdeur du passage. Ceci dit la rapidité n’est pas non plus un problème pour lui à quand vient ce solo rapide et aigü, sans évoquer un peu Sepultura( Andreas Kisser et lui sont de bons potes et peut-être pour lui rappeler qu’on a pas besoin de jouer dans les graves pour sonner heavy). Tommy Vext assure également côté chant puisqu’il dégage une bonne agressivité qui me fait penser à Phil Anselmo (Pantera, Down, Superjoint Ritual), particulièrement sur l’outro du titre et son changement de rythme. Une autre ressemblance serait bizarrement une avec Burton C. Bell (Fear Factory) sur des titres comme ‘Failed Creation‘, ‘Impossible Is Nothing‘ avec des passages en voix claire. Le premier avec son refrain au riff néo contraste avec le reste du morceau au rythme haché de blasts bestiaux et de la guitare, qui agrémente la fin du titre par un riff recherché et bizarroïde en arrière fond. Le second a un peu les mêmes caractéristiques : un passage en chant clair mais aussi des samples très Fear Factory, un solo super rapide limite désorganisé suivi d’un riff complètement déjanté.
Les samples font également une belle intervention sur ‘This Threat Is Real‘ avec une montée en puissance tout à fait exquise au milieu du titre qui envoie dès le début avec un les guitares pour qu’ensuite la double grosse caisse de Yeung finisse de vous arracher la tête. Le refrain est bien rentre dedans et vous donnera envie de fredonner en même temps. Tant que j’en suis à mentionner les refrains, celui de ‘False Gospel‘ vaut le détour par son côté étrange et envoûtant. D’autres moments de calme se trouvent dans ‘Rise Of The Scorned‘, au début et au milieu du titre grâce à une guitare classique esseulée dans un titre détonant très saccadé et blasté. ‘Royal Blood Heresy‘ commence quant à elle tout de suite de manière très théâtrale, l’arrivée des guitares et de la batterie n’en est que plus abrupte avec des sonorités et un rythme très âpre et rugueux. Le refrain est chanté de manière tendue suivi d’un passage bizarre au riff répétitif et entêtant.
D’autres effets sympathiques comme dans ‘Savior Self‘ et une guitare sous mixée (on dirait que le son vient d’un transistor) sur une partie pour être remise en avant sur la partie suivante. ‘Soul Decoded‘ bénéficie d’un riff distordu à la Meshuggah mais sait dégager une vrai identité quant la double grosse caisse s’en mêle ou quand ce même riff devient un peu plus néo.
Closure‘ vient clôturer l’album de façon classique, la ballade de fin d’album, qui n’est pas dégueu non plus dans son genre car Vext fait preuve d’une belle profondeur dans sa voix.
En conclusion, cet album dégage une brutalité qui montre que Dino Cazares a toujours sa place chez les bons. Vivement la tournée en France histoire de voir ce que ça peut donner sur scène.