Retour en grandes pompes pour Lofofora. Après 15 ans d’activité, et des centaines de concerts, les vétérans de la fusion métal ne sont pas décidés à débrancher les amplis, et reviennent avec un 6e album studio placé sous le signe de l’urgence.

Premier constat : Mémoire de singes ne fait pas dans la dentelle. Rythme lourd et vigoureux, guitares saturées, voix encore plus rugueuse qu’à l’habitude… Lofofora a décidé de faire un album rentre-dedans, pas de ballade, tout juste de rares pauses sur les titres les moins rapides (Dernier Jugement, intro de Nobody’s Perfect). Le son de ce Mémoire de singes interpelle ; la guitare est bien plus mise en avant qu’auparavant, la voix de Reuno parait plus produite. C’est le fruit du travail de Laurent Etxemendi, responsable notamment du son du dernier Gojira ; il s’est chargé de produire Mémoire de singes de la même manière qu’il aurait produit un Gojira. Du coup, le son est globalement plus lissé, notamment sur les voix et sur les grattes, mais il est assez éloigné du son habituel de Lofofora ; la batterie semble légèrement en sourdine, et surtout la basse est totalement dilué sous le déluge de guitare. Tout cela reste très audible, voire agréable sur certains titres, mais au final, le passage de Lofofora à un son plus moderne apparaît mitigé.

Au niveau des compos, Lofofora reste assez traditionnel. En l’absence de morceau calmes et groovy (Viscéral, Histoire Naturelle, l’Eclipse sur les précédents albums), Lofofora pratique un métal lourd et puissant, avec des influences punk très assumées. On retrouve les riffs plombés, les breaks empruntés au punk ; le rythme est très rapide, voire frénétique (Employé du mois), et le batteur fait un peu d’excès de zèle sur la double pédale. Heureusement, on est loin d’un énième album de métalcore, les morceaux sont efficaces, on a vite fait de headbanguer sur les meilleurs titres et c’est bien là le principal. On notera le très bon Nobody’s Perfect, avec son rythme tribal et ses couplets lancinants, ainsi que le très punk/hardcore Trop.

Il y a quand même quelques ombres au tableau. Tout d’abord, la pochette réalisé par King Ju de Stupeflip. Si elle est très fidèle à l’esprit du Stup’, elle est vraiment chargée, peu attractive, et dénote vraiment par rapport à la sobriété des précédents albums de Lofofora. King Ju en profite pour venir poser ses lyrics malfaisants sur le rap/métal Torture. Le titre en soit n’est pas exceptionnel, mais ça fait bien plaisir de retrouver Stupeflip. Ensuite, les textes sont un peu décevants. Comme l’album est globalement très rentre-dedans, la plume de Reuno est plus virulente (année d’élections oblige) mais se fait bien moins subtile qu’à l’accoutumée. Quelques chansons très moyennes (5h43, l’insipide Nuit Blanche) finissent d’assombrir le tableau.

Malgré ces quelques défauts, Mémoire de singes reste un bon album le Lofofora, déroutant certes, mais également énergique, contentant son lot de titres vraiment taillés pour le live.