Le nu-metal est mort et enterré, on est tous d’accord. Alors quand un ambitieux jeune groupe tente de se faire une place au soleil sur la scène rock française avec des sonorités se rapprochant dangereusement de ce style, on ne donne pas cher de leur peau. Surtout quand les premières écoutes donnent l’impression d’avoir affaire à des petits frères de Pleymo, période ‘Rock‘. Ça part mal, hein ?

Quand Twage (prononcez ‘twèdge‘) cite des influences comme Metallica, Soundgarden, A Perfect Circle ou Sevendust, on a beau chercher, cela ne se perçoit pas dans leur musique. Peut-être Sevendust, à la rigueur. Riffs corrects, rythmiques correctes, chant correct, bref, c’est sympathique, efficace, très pro, ça doit forcément tabasser en live, mais sur CD, c’est du déjà vu. Et c’est bien dommage, car Twage n’est pas vraiment un clone de PleymoKyo qui vomit, avec dix ans de retard, un nu-metal de base complètement dénué d’intérêt, mais plutôt un groupe qui cherche encore son identité sonore.

Le son de cet EP est très bon, ce qui donne du cachet aux compositions, enregistré au Nowhere Studio par Sylvain Biguet. De plus, il y a eu un réel travail d’écriture pour les paroles de l’album, bien que pas mal de thèmes -très- clichés soient abordés (l’amour, la guerre…) ; le groupe prend le parti de chanter en français, et le fait bien. Et puis, il y a gros morceau de la galette : ‘Pardonne-moi‘, cette pop song tellement easy-listening qu’elle en devient jouissive, une accalmie au beau milieu de ces accords lourds, avec ses guitares acoustiques du couplet qui se mêlent aux accords légèrement saturées du refrain, accompagnées de la voix douce et virile (!) de Pitt. Une incroyable chanson de lover, mélodique à souhait, prête à faire mouiller n’importe-qu’elle biatch myspacienne de 16 ans qui s’effondre de joie à chaque fois que les beaux gosses musiciens de son département lui laisse un commentaire sur sa page. Une insolente composition volontairement facile d’accès, tellement osée pour un jeune groupe se réclamant rock que cela relève du suicide culturel avant même d’avoir sorti un véritable premier album, même Vegastar n’en a pas encore commercialisé une de la sorte. Un potentiel single de génie, qui pourrait aisément inonder les ondes, de Virgin Radio à Le Mouv’ en passant par NRJ et RTL2 (et puis non, pas RTL2, ils sont trop vieux), mais aussi être placé dans ces espèces de niaiseries télévisuelles que seul France 2 sait servir aux adolescents. Plus sérieusement, c’est tellement ambitieux et couillu de leur part qu’on ne peut que saluer l’initiative. Putain les gars, Lofofora ils ont attendu cinq albums pour en pondre une comme ça, et encore, c’était pas aussi sirupeux, et puis c’était Lofo’ aussi. Le pire, c’est que c’est efficace, et fatalement bon. Presque parfait. On envisagerait presque de garder le titre de côté, au cas où il faille se faire pardonner, en chanson, par une partenaire amoureuse (ça marche aussi au masculin).

Sans le titre ‘Pardonne-moi‘, Twage aurait pu passer pour une énième formation de néo, carrée mais peu transcendante, même si la production est en béton armé, et que les paroles sont plutôt recherchés pour de jeunes métalleux pleins de fougue. Seulement voilà, cet EP a pour point culminant le titre dernièrement cité, où les mecs du 9-5 laissent apparaître une déconcertante capacité à composer un gros tube, radiophonique et entêtant, à la mélodie excellente, tellement cliché qu’on ne peut qu’admirer la performance. Ma conclusion sera donc un message destiné au groupe : messieurs, laissez tomber le metal, en France cette scène est déjà bien fournie, en plus, à cause des brailleurs pleurnichards à mèches, le nu-metal ne peut plus être pris au sérieux. Par contre, persévérez dans le domaine du rock FM, je suis sûr que vous ferez bien mieux que la soupe qu’on nous sert actuellement à la radio, car la troisième plage de votre EP est très prometteuse. A partir de là, à vous la gloire, les filles, la coke, etc. Et pourquoi pas la longévité.