C’est un Aquilon nouveau qui fait son retour sur VisualMusic. Après un ‘Intramedia‘ très torturé, chroniqué par l’écraseur de poussins, la formation revient complètement métamorphosée, avec pas moins de trois changements dans le line-up (les deux guitaristes et le bassiste). Et au niveau des compositions, ça se ressent.

Exit les sonorités extrêmes qui avaient fait la quasi-unanimité auprès d’un public composé principalement d’amateurs de dark-metal, de -vrais- gothiques et de gargouilles, et bienvenue à ‘Immobile‘, plus accessible, alliant indus, pop et metal. Même si l’étiquette ‘electro metal’ leur va si bien, nous n’avons pas affaire à un cousin sonore de Sidilarsen ou Mass Hysteria : Aquilon reste musicalement complexe, appuyé par des paroles noires et poétiques, développées par le binôme vocal, Alex et Anne, qui officie également aux claviers. Les claviers, parlons-en. Ils apportent indéniablement de l’originalité aux morceaux ; du solo tonitruant de ‘Affliction‘ aux boucles électroniques de ‘A demi-mot‘, la demoiselle apporte une touche froide et clinique à leur musique. Les fans de la première heure apprécieront.

Avec ce virage musical, Aquilon élargira sûrement son public, et possède quelques titres prêts à exploser aux tympans de n’importe quel métalleux ouvert d’esprit. ‘Amant‘, à la mélodie grave et accrocheuse, hantera les songes de l’auditeur, et ‘J’émancipe mon rêve‘, véritable bombe de l’album, montre que les six musiciens ont déjà la possibilité de rivaliser avec les pontes du metal français, et l’excellent refrain, aux choeurs KoRn-iens et aux claviers alarmants, et tout simplement le grand moment du disque. Dommage que le son soit trop lisse, car un rendu plus sale aurait rendu ces quelques perles de noirceurs encore plus efficaces, et sûrement effacé ce sentiment de retenu sur certains titres. M’enfin… Beaucoup de groupes se sont auto-détruits après un changement de line-up, alors qu’ici, on sent qu’ils ont trouvé leur formule, que l’on pourrait comparer à un Pain plus pop en train de bouffer quelques bons éléments du ‘Untitled‘ de KoRn.

Bien plus qu’un album de transition, Aquilon a bien négocié sa nouvelle orientation musicale avec cet ‘Immobile‘ pesant et ténébreux, bien que relativement easy-listening. Et avec un effectif renouvelé par moitié, c’était pas gagné. Avec plus de crasse et de fougue, les montiliens accèderont forcément à l’élite française du genre.