Décidément, Trent Reznor est le cauchemar des maisons de disque, non seulement il sort autant d’albums qu’il le souhaite tout en vendant ses MP3s à prix défiant toute concurrence mais en plus, il se permet de remercier ses fans en leur offrant gratuitement son dernier album, ‘The Slip‘. Alors album au rabais ou véritable disque ? Parce que filer sa zic comme ça, c’est toujours un peu délicat pour un artiste, on est donc en droit de se demander si le Maître y aura autant apporté de soin qu’au reste de ses albums. Sachant qu’il ne s’agît aucunement d’un coup marketing, Reznor n’ayant plus besoin de ça avec la cohorte de fans qui le suit, c’est donc tout naturellement un album bénéficiant d’une énorme prod’ qui a fini par atterrir dans nos boites mails puisque dispo à la demande et indéfiniment sur le site theslip.nin.com

Le temps d’enfiler ‘The Slip‘ que ‘999,999‘ résonne déjà de sa boucle électro servant en fait de lente intro au titre ‘1,000,000‘. Trent basant alors toute sa composition sur des bidouillages artificiels bien sentis, des instrus en béton armé et des choeurs conférant un dynamisme certain au tout. Difficile donc de résister à ce titre « d’ouverture » qui s’annonce d’ores et déjà explosif en live. Bien loin de lever le pied, Reznor nous balance alors ‘Letting You‘, baignant dans un sentiment d’urgence constant et empreint d’une martialité sonore récurrente sur les derniers albums de NIN. Plus radio friendly, ‘Discipline‘ n’a lui rien à envier au groove du titre ‘Only‘ ! Direct et sans fioritures, celui-ci démontre toute la détermination d’un artiste décidé à marquer ses dernières créations d’une même empreinte sonore, une empreinte néanmoins polymorphe puisque capable de s’adapter aux humeurs de son créateur.
Et oui, d’ailleurs autant vous prévenir tout de suite, ‘The Slip‘ ne fait pas dans l’innovation, on est en terrain largement balisé puisque l’ensemble de la galette est un mix de ce qui s’est déjà fait entendre sur les trois derniers albums en date du Maître (‘With Teeth‘, ‘Year Zero‘ et ‘Ghosts‘).
Le titre ‘Echoplex‘ par exemple se fait donc plus proche de YZ par sa rythmique artificielle plus prononcée là où ‘Head Down‘ s’illustre par ses instruments saturés alliant une certaine brutalité sonore aux ruptures sèches et électros qui caractérisaient tant YZ.
Mais le titre suivant va calmer nos ardeurs car si l’album semblait véritablement monter en puissance jusque là, ‘Lights In The Sky‘ est un véritable coup d’arrêt, la seule voix de Reznor étant accompagnée de quelques délicates notes jouées au clavier pour un titre dont l’intimité n’en est que plus exacerbée par la voix quasi-chuchotante de son interprète.
Seul reproche à faire sur cet album ; ‘Corona Radiata‘, faisant écho à l’album ‘Ghosts‘ avec ses 7 minutes d’instru. Car si la compo bénéficie indéniablement d’une aura, sa longueur et son extrême lenteur (en plus de sa musicalité quasi-aride) en font un titre tombant tel un cheveu dans la soupe et qui aurait peut-être plus eu sa place en fermeture d’album. Difficile donc de ne pas avoir envie de le zapper. Surtout que derrière il y a le tendu ‘The Four Of Us Are Dying‘, autre titre instrumental dont la texture sonore se révèle bien plus consistante, puisque plus court et du coup, plus intense. Trent concluant le tout avec l’énorme ‘Demon Seed‘ qui consacre définitivement Josh Freese comme un batteur d’exception (pour ceux qui en doutaient encore).

Alors certes, ce n’est pas le meilleur album du Maître puisqu’un peu trop prévisible dans sa forme, reste que ‘The Slip‘ se laisse agréablement écouter, sorte de fourre-tout tiré des 3 derniers albums de NIN, ce 27e halo a au moins le bénéfice de ne pas être un sous-album et s’inscrit dans la droite lignée de ce que Reznor nous a offerts depuis ‘With Teeth‘. Reste à voir quelle direction prendra le Maître à l’avenir après une quasi-décennie d’évolution et d’explorations sonores faisant la part belle à une électro directe et propre en lieu et place des sonorités un peu malsaines qui le caractérisaient dans les années 90. Reznor risque donc bien de se trouver face à un dilemme, soit explorer de nouvelles pistes, soit persévérer dans son registre actuel et risquer un effet de lassitude qui se pourrait inévitable en cas de surexploitation du style.