Déjà 2 albums en un an, Max Cavalera terminera 2008 sur les rotules. Après un Cavalera Conspiracy marquant la réconciliation avec son frère Iggor mais qui n’aura qu’à moitié emballé les fans, le revoici ce coup-ci avec Soulfly et un 6ème album, ‘Conquer‘. Alors, le Maxou est quand même plus qu’attendu au tournant surtout qu’il annonçait un album encore plus tonitruant que ‘Dark Ages‘, désormais avant dernier album qui avait su ravir nombre de fans grâce à un retour à un style plus rentre dedans.
Le but de ce ‘Conquer‘ était donc de sublimer ‘Dark Ages‘ en offrant un panel de différents styles du métal. Le résultat est assez réussi, moins surprenant qu’un ‘Dark Ages‘ à l’époque, mais l’énergie est bel et bien là. Bon, c’est sûr Max ne renouvelle pas fondamentalement son style musical mais que voulez-vous attendre d’un mec qui joue sur 4 cordes?! Max est un punk qui fait du métal, il perpétue sa zik avec la même rage et la même envie depuis bientôt 25 ans. Plus ça vient, plus le mec ressemble à un papy (mâtez les interviews) et pourtant en CD comme en live, il botte des culs. Et pour se faire, il sait bien s’entourer, Marc Rizzo, poulain du moment, prouve une fois de plus son talent. Pourvu que ces 2 là aient une longue et fructueuse collaboration.

Petit particularité, cet album ne comporte pas de cover song; par contre les guests sont là mais pour la 1ère fois, ils sont placés en tout début de CD. C’est David Vincent, non pas celui qui cherchait un raccourci qu’il n’a jamais trouvé mais le David Vincent écraseur de poussin et accessoirement chanteur (?) de Morbid Angel qui prête main forte sur ce ‘Blood Fire War Hate‘ d’ouverture, refrain scandé en boucle et qui en devient légèrement hypnotique. Autre particularité de ce morceau d’ouverture, c’est un titre rapide qui nous met directement dans le bain. Bon malgré ça, rien d’exceptionnel, ça bourrine, ça va vite (souvenez-vous Max est un punk), on a même droit à une partie plus lente pour mosher ou headbanger selon votre envie du moment, mais bon, voilà… Ce qui est le plus dommage à mon sens pour une chanson avec guest, c’est que l’on ne discerne pas plus que ça la voix (?) de David Vincent sauf sur le refrain scandé.
Le 2ème titre ‘Unleash‘ est le single de l’album qui a bénéficié d’un [url=http://www.visual-music.org/news-13802.htm]clip[url]. Le guest ici, Dave Peters de Throwdown, est plus intéressant car on arrive à mieux le discerner et que celui-ci sonne comme un Phil Anselmo quand il s’arrache les cordes vocales. Le titre aurait pu être sympa : un riff classique, une rythme saccadée mais légèrement groovy, encore une mosh part; mais ce que je ne comprends pas c’est ce cri de hyène qu’on serait en train d’amputer à la petite cuillère et qu’ils ont samplé presque tout au long du morceau… ça me porte sur les nerfs. Niveau recherche d’originalité, ils auraient pu se limiter aux différentes ambiances que propose le morceau : une partie tribale sur fond de berimbau et un passage trippant comme la série des ‘Soulfly‘.
D’un point de vue général, on pourrait s’étonner de la longueur de certains titres mais entre les intros, différentes outros, passages digressifs, au final on s’y retrouve. De là à dire que ces fioritures sont de trop serait un peu fort, mais c’est sûr que ça ne plaira pas à tout le monde. Car il faut bien dire que cet album révèle quelques pépites. ‘Fall Of The Sycophants‘ part avec une mélodie d’intro calme (aaah ce petit écho mystérieux sur la gratte) pour se transformer en un carnage sonore qui n’est pas sans rappeler ‘Beneath The Remains‘ (les vieux fans seront ravis). Pour autant quand le rythme se ralentit pour faire place à un solo trippant et aérien, on a toujours quelque chose de sympa. De même quand la 1ère outro, sonnant un peu comme du Mastodon, s’enchaine sur une 2ème outro arabisante et enregistrée sur les bords du Nil (l’album a été en partie enregistré en Egypte) avec des musiciens locaux, là, je dis : vive le voyage! (encore faut-il avoir un peu d’ouverture d’esprit)
Dans la série, mâte moi cette belle paire… d’outros, on peut se tourner vers ‘For Those About To Rot‘. Déjà rien que le titre du morceau est énorme, détournant bien sûr le célèbre ‘For Those About To Rock‘ d’AC/DC, c’est encore plus fun que ‘The Songs Remain Insane‘ inspiré de Led Zep (et oui Max est un p’tit rigolo, ah, au fait ‘rot’ en anglais ça veut dire ‘pourrir’). D’ailleurs le refrain me fait tellement délirer qu’il me fait un peu oublier que musicalement il est un peu en dessous de ce titre bien rageur, catchy avec une basse très ronde et présente, une rythmique brésilienne bien enjouée à la batterie sans vous parler du solo impeccable effectué sur les chapeaux de roues et donc de ces 2 outros, la 1ère post-core dans l’ambiance et la 2ème carrément mystique.
Niveau thèmes des paroles, Max se renouvelle sans se renouveller, ‘Enemy Ghost‘, même si le morceau est moyen, parle d’un rite d’invocation chez les Amérindiens du Nord, ‘Fall Of The Sycophants‘ évoque la cité des morts à côté du Caire. Pour ce qui est de la poésie, rien de bien neuf non plus, Max juxtapose et répète des mots forts, des bouts de phrases, dans le pur style Max, ‘Paranoia‘ hurlé d’une voix bien rocailleuse viendra vous chatouiller les tympans. Dans ‘Warmaggedon‘ (jeu de mot presque déjà utilisé sur le 1er album avec ‘Karmaggedon‘), les sentiments de lourdeur et d’agressivité sont fortement présents avec encore une basse bien ronde à la limite de la saturation. Il nous dépeint ici un univers guerrier qu’il décline jusqu’à nous souhaiter la bienvenue en ‘Armagediztan’. Le refrain de ‘Rough‘ (qui ferait plaisir à Kassovitz) ‘it’s how you land not how you fall’ apporte encore un peu plus à la dialectique Cavalérienne sur fond de hardcore. Ceci dit, ça ne l’empêche pas non plus de revenir à ses fondamentaux de base à coup de ‘Muthafucka’ sur ce ‘Doom‘ thrashisant, non pas sans rappeler les 1ers Metallica.
Mais l’hommage véritablement avoué se trouve dans l’énorme ‘Touching The Void‘ qui vient clôturer l’album (enfin avant ‘Soulfly VI‘, très trippant comme d’hab) et qui est dédié à Black Sabbath. Peut-être que la bande à Ozzy, s’ils avaient existé 3 décennies plus tard, auraient pu engendrer ce titre doomeux, lent et écrasant au possible (mais dans ce cas me direz-vous, qui aurait inventé le heavy metal dans les années 70?).

Impression finale, c’est pas encore avec ce disque que Max and Co. feront l’unanimité sauf peut-être parmi leurs fans. Pourtant, la démonstration est assez probante sur certains titres pour dire que Max a plus que toujours la flamme pour vomir sa haine de la société et nous foutre un bon coup de pied au cul par la même occasion. De toute façon, c’est bien en live que le bonhomme continuera à mettre tout le monde d’accord. Vous savez donc ce que je vous conseille de faire…