Une caisse claire surréaliste, des riffs gras, un chant fougueux, des structures complètement alambiquées, et l’absence totale de soli : oui, les compositions atypiques de ‘St. Anger‘ ont réjoui certaines personnes. Comme moi. En 2003, Metallica était enfin de retour, avec un son burné et actuel. Mais ce n’était pas du goût de tout le monde, à commencer par les nombreu[s]ses[/s]x [s]groupies[/s] fans atteints du syndrome de Peter Pan, qui voulaient inexorablement rester bloqués dans les 80’s – bande d’attardés, va. Du coup, en 2008, ‘Death Magnetic-tic-tic-tic-tic-toc, ou pas ? Ou pas.

Il faut dire que ça a très mal commencé. Balancer un single comme ‘The Day That Never Come‘ après avoir eu les couilles de promouvoir ‘St. Anger‘ avec le titre éponyme et ‘Frantic‘, pour un amateur du Metallica version 2003, ça dérange. Les quatre premières minutes sont à la limite du supplice. Mièvres. Fades. Pseudo-héroïques. Les quatre dernières oscillent entre réveil difficile (bah alors les gars, faut faire chauffer la machine chez les Mets ?), rage en contreplaqué et branlette de manche. On a un début d’érection à 4:36, gros riff southern metal se rapprochant du meilleur de ‘St. Anger‘… mais non, ça ne dure qu’une mesure. Un échec. Dans ces conditions-là, le chemin vers la première écoute de ‘Death Magnetic‘ se fait à reculons, la pensée emplie d’à priori. Cette première écoute justement, elle réserve des impressions assez réductrices : la caisse claire orgasmique est resté dans le garage, et on pique du nez sur quasiment tous les morceaux jusqu’à ce que le transsexuel brésilien arme sa gratte pour effectuer des soli plus ou moins inspirés. Et puis c’est tout, pour le moment.

Le retour des soli. Kirk Hammett nous a ressorti ses plus belles gammes, casse la baraque et redore son blason. Même en étant un fervent défenseur de ‘St. Anger‘, impossible de ne pas prendre son pied quand Kirk martyrise sa wah-wah sur la réussie ‘The End Of The Line‘ – alors c’est ça un vrai solo ? Ses camarades lui offrent même un terrain de jeu personnel sur l’instrumentale ‘Suicide & Redemption‘ -comme pour se faire pardonner de lui avoir ôté son moyen d’expression sur l’album haineux-, où l’homme au grain de beauté s’éclate avec ses pédales et ses chorus. Ses camarades ? Ils brillent moins. Le funky Robert Trujillo (basse) risque d’apparaître comme un ex-Suicidal Tendencies/Infectious Grooves jusqu’à la fin de sa carrière, tellement les occasions de développer son potentiel de génie sont rares. Sa folie aurait pu apporter un bonus indéniable aux compositions du groupe pour le premier album de Metallica qu’il enregistre, mais mise à part les introductions d”All Nightmare Long‘ et ‘Cyanide‘, on a du mal à distinguer son doigté légendaire des six cordes ; Jason Newsted ne le prendra pas mal. Le sympathique bonhomme forme néanmoins une section rythmique… disons, acceptable, avec ce bon vieux Lars, qui a laissé sa créativité au garage, soigneusement rangée aux côtés du tonneau caisse claire. Heureusement qu’il tient la route sur la très Slayer-ienne ‘My Apocalypse‘ (Rick RubinSlayer… Hum, je comprends mieux maintenant), sinon on l’aurait pris pour un quasi-quinquagénaire complètement fini pour la musique – pour le metal, du moins, il ferait peut-être un très bon artiste bossa nova, qui sait. Ses paternes frôlent la pure simplicité, et la plupart des breaks sont focalisés sur la caisse claire. Vilain garnement. En plus, il abuse du charley ouvert, à se demander comment James Hetfield peut tolérer ça. Ce dernier, lui, rend une copie correcte, assure le boulot sans grandes extravagances. Du James, quoi. Il sauve quand même ‘Broken, Beat & Scarred‘ avec sa simple prestation.

Sans s’attarder sur la calvitie de Tonton Lars ou l’étrange queue de raton laveur qu’on a greffé au menton de James, j’affirme que le neuvième album studio de nos Rois du Metal (comme les surnommait [team]Bud[/team]) régalera plus d’un métalleux. Ça palm-mute à tire-larigot, ça recycle les riffs thrash d’antan, c’est souvent hargneux et, comme indiqué il y a quelques lignes, ça branle du manche avec élégance. Le fan inconditionnel écoutera, le sourire béat et la larme à l’oeil, la renaissance de ‘son’ Metallica en caressant lentement ce [s]broussailleux organe féminin[/s] singulier cercueil présent sur la pochette de ‘Death Magnetic‘, et s’évanouira quand Hetfield & ses acolytes se la joueront 100% à l’ancienne sur le malicieux et traitre ‘The Judas Kiss‘. Nonobstant les faiblesses de Lars ou la certaine linéarité des perfomances vocales du charismatique frontman, Metallica captive l’auditeur, même si la plupart des morceaux dépassent la barre des sept minutes. Et puis 7:08 de l’exaltante ‘That Was Just Your Life‘, à la rythmique effrénée, au chant volcanique et aux accords fleurant bon le meilleur des 80’s mixé avec des riffs lourds bien de notre temps, on en prendrait bien tous les matins pour bien commencer la journée. Dans ce retour dans le passé plutôt bien négocié, mis à part un single vomitif et une sympathique composition instrumentale, difficile de désigner quelque chose dans ce lot résolument heavy, si ce n’est ‘All Nightmare Long‘, véritable fessée donnée aux puceaux qui gratouillent du metalcore, une leçon de thrash en un peu moins de huit minutes. Ah oui, il y a la chatoyante ‘Cyanide‘ aussi. Après avoir vu sur YouTube ce live à la qualité exécrable, j’attendais d’avoir une écoute digne de ce nom pour pouvoir cracher dessus. J’ai craché, mais sur mon animosité. Le déjà culte ‘Eeeeeempty they say‘ est repris en choeur par votre chroniqueur dès que la mesure se présente. Les guitares sont aiguisés, même que Lars est l’auteur d’un éclair de génie lors de ce passage, cette double-pédale diabolique qui accentue la gueulante de James. Fan d’Ulrich, relisez bien ‘éclair de génie’ cinq ou six fois d’affilé : c’est le seul du danois dans tout ce disque. Et puis il y a ‘The Unforgiven‘ troisième du nom, spécialement composée pour satisfaire l’oreille du fan né avant 1975, l’ancienne terreur des cours de recréations qui a évolué en cadre trentenaire dominé par une femme en manque flagrant de sensations fortes, celui qui écoute désormais RTL2 et RMC de son plein gré, et qui va écouter ce ‘Death Magnetic‘ en cachette avant les coups de cravache hebdomadaires. Mid-tempo, piano, cuivres, cordes (la corde ?). Franchement dispensable.

Death Magnetic‘ ? Un disque estampillé MoDem, capable de faire jouir les vieux fans nostalgiques en sortant riffs et mélodies d’antan, et de maintenir calme les petits cons -comme moi- qui ne jurent que par ‘St. Anger‘ et sa sainte fougue, en prenant soin de proposer une production granuleuse au possible. Tutoie-t-il ‘Ride The Lightning‘, ‘Master of Puppets‘ ou encore le ‘Black Album‘ pour autant ? Non. Il manque un riff, ce riff qui sera repris par tous les métalleux en herbe. Il manque un refrain, ce refrain qui rassemblera les jeunes et les moins jeunes lors des concerts. Là où l’évolution de ‘St. Anger‘ pouvait laisser présager un futur crade, graisseux et novateur, ‘Death Magnetic‘ ne fait que recycler -avec réussite, certes- les plans qui ont fait la gloire des Four Hoursemen dans les années 80, mais qui provoqueront obligatoirement lassitude et déception lors des prochaines livraisons si les gars n’injectent pas plus d’éléments frais dans leurs futures compositions (Rob Trujillo ? Où es-tu ?). Les paroles de cet album tourne autour de la mort, et de la façon dont elle est perçue dans notre société. ‘Le travail autour de ‘Death Magnetic‘ a débuté comme une sorte d’hommage aux personnes qui ont chuté et qui sont mortes au sein de notre profession‘, disait Hetfield dans une récente interview. A trop vouloir regarder en arrière pour se renouveler, Metallica risque une sortie de route qui pourrait être synonyme, dans quelques années, de mort artistique. Même si, sur ce coup-là, l’effet revival a incroyablement bien marché.