La saison des festivals 2009 restera sans conteste marquée par Rock en Seine. L’affiche annoncée était déjà des plus alléchantes, réunissant sur le Parc de Saint Cloud les pointures de la scène rock anglaise, de la drum’n bass voire du punk. Entre drames et surprises, ce dernier weekend d’Août restera certainement dans les mémoires de beaucoup ; compte rendu d’une édition pas comme les autres.
Les concerts débutent en ce magnifique Vendredi 28 Août à 15h30, et c’est après une bonne heure à chercher le bureau des accréditations que j’entre dans le fameux domaine. Just Jack a commencé depuis peu sur la Grande Scène. La première caractéristique marquante est sans trop de surprise son agréable flow. L’ensemble est définitivement pop et il est fort dommage de voir un public froid, presque absent devant cette troupe qui offre un set entre hip hop, pop et electro. C’est pourtant un artiste accessible et adapté à cette programmation hétéroclite. La découverte est des plus appréciables d’autant que le son est excellent, un détail qui me ravira sur l’ensemble des prestations du festival.
Le trio des Tatianas finit en même temps leur set sur la Scène de l’Industrie, la plus petite, devant un public ravi par son sorte de rockabilly aux accents pop.
Il est 16h15 lorsque Keane investit la Scène de la Cascade, seconde scène mais qui accueille aussi certaines pointures. Le public est bien présent pour accueillir la bande britannique qui arrive guitare en mains pour une première chanson au piano très peu mis en avant. Un nouveau départ ? Pas si vite, les classiques ne tardent pas à faire leurs apparitions devant une audience de plus en plus conquise. Keane est en effet un groupe taillé pour ce type d’évènements avec une grande prise de puissance live en comparaison des enregistrements que l’on connait d’eux. Le chanteur rougit énormément (tel un orangina), on appréciera son initiative de s’adapter à la charte graphique de Rock en Seine. Une très bonne prestation, clairement à la hauteur de l’attente de ce groupe qui s’affirme comme quelque chose de plus intéressant que trois clips qui ont eu leurs heures de gloire sur MCM.
On se dirige vers la Grande Scène où Asher Roth vient de se poser. La programmation de ce rappeur souvent comparé à Eminem par la presse est la première « prise de risque » du festival, et décidément une bonne idée. On se demande tout de même d’où peut venir la comparaison avec le Slim Shady, Asher Roth faisant partie de cette vague de college-hop où le sérieux n’est pas à chercher dans les paroles. L’homme et sa bande trouvent rapidement leur public avec un flow efficace sur des mélodies actuelles, on pense directement aux très réussies « La Di da » et « She Don’t Wanna Man« . Il s’offre justement le luxe de faire monter quelques parisiennes se trémousser sur cette chanson. Le set est dansant, beaucoup plus que sur son single « I Love College« , plus calme avec lequel il se retire pour cette intéressante découverte.
Lorsqu’on lui demande comment il explique sa présence ici et le fait que sa musique soit au final plutôt écoutée par un public rock, il répond « Je pense que c’est un test pour voir où nous en sommes avec la musique en général. Il n’y a qu’à voir les artistes de hip-hop travailler avec des DJs electro, tout commence à se rejoindre. On a cet élément rock mais cela reste du hip hop aussi. C’est juste une bonne chose de voir que nous pouvons sauter les barrières, c’est bon pour la musique et pour le hip hop« . Asher Roth ne pense pas pour autant que la réception d’un groupe rock lors d’un festival hip hop serait aussi bien saluée, « Lorsque tu fais un concert à New York, le public est plus hostile même s’il reste heureux d’être présent. En Europe le public est plus cool, il partage son appréciation. Cela dépend vraiment, il n’y a qu’à voir N.E.R.D qui est beaucoup plus rock qu’un groupe de hip hop traditionnel« .
Peu de temps pour arriver sur la Scène de la Cascade où les Yeah Yeah Yeahs viennent de commencer. Ne connaissant pas particulièrement les américains, il n’est pas aisé d’entrer dans leur univers. Menés par une survoltée Karen-O, qui nous offre le luxe de se changer à plusieurs reprises, il est indéniable qu’elle fait le show. Cependant, le passage des chansons studios au live lorsqu’on ne les connait pas n’est pas évident. Se cachent dans le set d’efficaces singles tels que « Gold Lion » mais l’ensemble, très unique, demande une concentration pas nécessairement présente. Le groupe finit cependant sur la superbe « Date with the night » pour un concert quelque peu décevant de par son manque d’efficacité en rapport à un festival.
Amy Macdonald entre sur la grande scène scène accompagnée de son groupe et de sa guitare acoustique. Amy est jolie, Amy a l’air sympa mais Amy n’est pas très pratique. Le concert est clairement destiné à un public plus âgé, venu sans doute pour accompagner leurs petits monstres voir Vampire Weekend. On apprécie la reprise des Killers et celle de Bruce Springsteen mais je ne peux m’empêcher de trouver des similitudes entre la voix de l’écossaise et celle d’une certaine Shakira ! Une bonne excuse pour aller apprécier les infrastructures mises en place par le festival.
En effet il serait difficile de trouver le temps long pendant un groupe inintéressant. On est bien dans un festival mainstream donc on remplace les disquaires indépendants du Festival de Marnes par des stands Levi’s, Nvidia ou encore Guitar Hero. Un bon moyen d’essayer le dernier volet du célèbre jeu de guitare, d’aller tenter de repartir avec un 501 ou de s’essayer aux écrans 3D. Comme annoncé dans les news il était aussi possible d’aller aux belles expositions de Robin avec Lift’in ainsi que celle de Rock Art.
Madness s’impose sur la seconde scène peu après 19h15 pour la première définition de l’expression « avoir la classe » du festival. Après une entrée sur « One Step Beyond« , on remarque rapidement que les Anglais ne sont pas moins de dix, costumes repassés et lunettes de soleils en place. S’enchaine un concert, ou plutôt une fête où tout le monde, tous âges confondus, se met à danser sur l’herbe. Aucune idée de l’âge que peut avoir cette bande mais l’énergie et le plaisir de jeu sont incroyables. Le ska avec un grand S, avec de grands singles pour ne pas citer « Our House« . Bref, Madness est ce genre de groupes pour lesquels nous ne prendrions pas la peine de se déplacer dans un Zenith mais que nous sommes extrêmement heureux de retrouver en plein air !
Comme à son habitude, la Grande Scène commence peu après les derniers accords de la scène de la Cascade et ce sont les quatres jeunes New Yorkais de Vampire Weekend qui y prennent place aux abords de 20h. Leur prestation est propre et le groupe est plutôt calme. 2/3 singles pour un concert sympathique mais non phénoménal, leur place à cet horaire clé de la journée peut être contestable mais ce n’est pas non plus Amy Macdonald.
Il faut attendre une petite heure pour LE groupe de la journée. Les londoniens de Bloc Party sont ponctuels et entrent en toute sérénité sur « One Month Off« . Contrairement aux idées préconçues (et au sublime live de La Blogothèque), le leader Kele Okereke est loin de sembler timide devant ces dizaines de milliers de personnes. Le batteur offre un jeu très énergique tandis que le chanteur continue d’assurer le show. Les singles issus de tous les enregistrements des britishs se succèdent, d’un « Hunting For Witches » à « Banquet » que l’on ne présente plus en passant par « Positive Tension« . Le catalogue est d’exception et la prestation fait sans aucun doute l’unanimité. Entre pogos, slams et autres qui dansent tout le monde y trouve son compte. C’est après « One More Chance« , une de leurs chansons les plus singulières mais qui trouve toute sa saveur sur scène, que le groupe a une annonce à faire. Après la présentation de Peter, leur tour manager, Kele prend le micro, « Il vient juste de me dire ce qui semble être une nouvelle très intéressante« , suivit d’un « jeuw soui trai désoulay may Oasis ne marche paw » de Peter, en français s’il vous plait. Le tout est suivi de rires et de quelques hués jusqu’à ce que le chanteur enchérisse avec un « Oasis a annulé, hmmmmm« . Alors que le guitariste est assez drôle pour donner les premières note d’une célèbre chanson des frères Gallagher, Kele dit « C’est une honte n’est-ce pas ? Donc, je pense que nous sommes la tête d’affiche !« . Tout le monde semble satisfait à entendre les cris (en réponse) mais absolument personne ne croit à cette histoire à cette heure-ci. Le groupe continue avec « Mercury » puis une étonnante succession de singles avec pas moins de « This Modern Love« , « The Prayer » et « Like Eating Glass« . Il est 22h, heure annoncée du passage d’Oasis et le groupe décide de jouer deux chansons supplémentaires, « Flux » et « Helicopter« . Autant dire que l’on aurait pu difficilement partir avec un moins gros sourire de ce concert, montrant bien que Bloc Party est désormais un grand groupe, qui aurait dû trouver son nom aussi gros que celui d’Oasis sur l’affiche du festival.
Quelques minutes plus tard et s’affiche sur les écrans géants « A la suite d’une altercation au sein du groupe, le concert d’Oasis est [u]Annulé[/u]« . Prise de conscience générale, certaines filles se mettent à pleurer (surtout des anglaises, merci c’était très divertissant) tandis que personne ne sait trop que faire désormais. C’est vers 22h50 que du son provient de la main stage où Madness débute son deuxième set de la journée. On regrette le manque de changement par rapport à ce qu’ils ont joué un peu plus de trois heures plus tôt mais cela renforce tout le respect que l’on peut avoir pour ce groupe. Costumes clairs désormais, aucune trace de fatigue n’est visible et une bonne partie du public prend autant de plaisir que lors de l’après-midi.
La journée se termine par Vitalic qui livre un dj-set electro/trance grâce auquel la seconde scène se transforme en grand DanceFloor. On sent que l’annulation pèse encore sur les esprits mais ceux qui en font abstraction peuvent profiter de deux très intéressants concerts.
Minuit passé, fin de la première journée, au bilan très positif sauf pour ceux s’étant déplacés pour Oasis. Bloc Party étant le groupe que j’attendais principalement, la rallonge de dix minutes m’a satisfait. De toutes façons, il aurait probablement été difficile pour Oasis de rivaliser scéniquement après cette nouvelle génération qui n’aura aucun souci à les remplacer sur la longueur. Voilà certainement le bilan de cette journée, même si les frères se retrouveront dans cinq ans pour un album et une tournée de jeunes groupes plus humbles auront pris le temps de progresser et de monter en popularité. Oasis n’est pas irremplaçable, on en a eu la preuve aujourd’hui.
