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Aaron, est né de la rencontre d’Olivier Coursier, ex-membre de Mass Hysteria et de Simon Buret, comédien. Après quelques mois de composition, le duo arrive à placer Little Love dans le film « Dans tes rêves » où Simon donne la réplique au rappeur Disiz la Peste. Puis l’histoire se répète un an plus tard lorsque Philippe Loiret décide d’intégrer Mister K et surtout U turn dans la BO du film « Je vais bien, ne t’en fais pas ». Boostée par le succès du film, la chanson qui tient un rôle majeur dans le scénario prend la tête des téléchargements (légaux bien sûr !). S’en suit la sortie d’un premier opus début 2007 et une tournée à guichets fermés. Tout juste sacrés double disque d’or, Olivier et Simon ont accordé quelques minutes à Visual Music avant de repartir sur la route mi-octobre. Rencontre avec deux rêveurs à qui le succès ne fait pas tourner la tête.

Je vais commencer par vous poser la question récurrente des prochaines semaines, que ressent-on lorsqu’on apprend que son album est double disque d’or à une époque où le téléchargement est monnaie courante ?
Simon : Déjà le premier, on ne l’a pas trop réalisé parce qu’on était dans l’action. Là, on nous a dit ça à notre retour de vacances il y a 2 semaines et on s’est dit « ouais ok ! ». Ca fait toujours très plaisir, on est à la fois étonnés et touchés. Grâce à Internet, il y a pas mal de gens qui nous disent « je l’ai d’abord téléchargé et comme j’ai aimé, j’ai fini par l’acheter » donc cela prouve que les gens ont une conscience de la chose et qu’ils n’hésitent pas à acheter le CD s’ils aiment le contenu pour avoir du vrai son.

Votre succès est d’autant plus impressionnant que vous avez été très indépendants depuis le début alors qu’aujourd’hui, on essaye de nous mettre dans la tête que pour réussir il y a des règles à respecter. Votre liberté ne vous a pas empêché d’avoir une belle couverture médiatique et de toucher un public plutôt large.
Simon : Voilà, tu as tout dit. C’est exactement ça, on nous met des idées dans la tête alors qu’il suffit de te concentrer sur un projet avec un petit peu de moyens et de matériels pour accomplir ce que tu veux vraiment faire. Je suis très content que tu dises ça parce qu’on nous met dans l’idée que ce n’est pas possible et il faut arrêter de penser comme ça.

Oui, c’est un peu comme l’idée qu’un groupe français ne doit pas chanter en anglais pour respecter les quotas, c’est assez agaçant.
Simon : Oui je suis entièrement d’accord, c’est n’importe quoi.
Olivier : Mais tu sais, même là où on en est tout ça n’est pas fini. Je suis sûr qu’à un moment donné, des gens vont essayer de nous mettre la pression pour que le deuxième album se vende bien mais ça ne marchera pas comme ça. On a gardé la même attitude depuis le début, notamment avec les maisons de disques qu’on démarchait et qui nous disaient que c’était très bien mais qu’il fallait changer plein de choses ce qu’on a toujours refusé.

Pour les textes, tu as dit qu’ils sont tous autobiographiques et qu’ils racontent « la vie d’un mec entre 20 et 25 ans ». Ces derniers mois ont dû être incroyables, penses-tu que cela va changer ce que tu écris ou est-ce qu’au final tu as toujours les mêmes questionnements ?
Simon : J’ai eu très peur d’être séché par tout ça et de ne plus rien avoir à dire mais je me suis rendu compte que ça n’a rien à voir avec nos sentiments sur la vie, notre manière de digérer les choses. Mes rapports aux gens ou à la vie sont toujours les mêmes et sont mêmes exacerbés parce que plus tu es exposé, plus tu te sens isolé donc ça va, j’ai de la matière pour le prochain disque !

En lisant des chroniques sur votre album, je me suis aperçue que vos chansons sont souvent perçues comme mélancoliques voir tristes alors que je ne l’ai pas du tout ressenti comme cela. Je trouve que les morceaux sont sur la brèche mais toujours du côté positif. Quelle est l’interprétation qui correspond le plus à ce que vous vouliez transmettre ?
Simon : Notre vision est la même que la tienne mais ça varie beaucoup selon le journaliste. Certains nous disent que c’est hyper calme alors que d’autres nous disent que ça a la pêche et c’est très jouissif d’entendre ça parce qu’on se rend compte qu’il n’y a pas une perception unique. En tout cas ta vision correspond beaucoup à la notre car on avait vraiment la volonté de mettre du positif dans l’album au lieu de le plomber et que ça devienne glauque.

La chanson U-turn vous a propulsé sur le devant de la scène mais je me suis aperçue sur des forums musicaux qu’un certain nombre de personnes n’ont pas aimé cette chanson et n’ont pas essayé de fouiller, ils vous ont catalogué dans une catégorie qui ne vous correspond pas forcément car elle n’est pas représentative du reste de l’album. N’avez-vous pas l’impression qu’elle ait pu aussi vous couper d’une partie du public ?
Olivier : On a très peur de ça et si on avait vendu trois albums, on se serait posé la question si finalement on n’était pas le groupe d’un single. On a été rassurés parce que la plupart des gens ont compris ce qu’on voulait exprimer à travers cet album et même en concert elle passe comme les autres.
Simon : Tu en as pensé quoi ?
Je n’ai pas trop accrochée à celle-là, je la trouve un peu trop sucrée mais peut-être que le film m’a influencé.
Simon : Oui j’ai toujours pensé que le film joue un grand rôle sur la perception que l’on peut avoir de cette chanson. C’est bien qu’elle ne fasse pas l’unanimité.
Olivier : Et puis ce n’est pas quelque chose qu’on peut maîtriser l’important est d’être honnête dans ce que tu fais.

Sur la réédition de l’album qui est sortie fin septembre, il y a des lives et une reprise de Léonard Cohen. Vous avez également repris Bachelorette de Bjork, est-ce que selon vous ces artistes correspondent à l’univers musical d’Aaron ?
Simon : On a choisi Léonard Cohen parce que c’est une lettre ouverte qui va dans la continuité des autres chansons et le texte est magnifique. Quant à Bjork, c’était surtout un grand plaisir de la faire sur scène et de la réorchestrer, c’est un challenge.

Vous connaissez un succès qui n’était pas prévu. Tu étais comédien et je suppose que toi olivier, tu avais d’autres projets musicaux qui ont été mis entre parenthèses. Comment envisagez-vous l’avenir après la fin de la tournée ?
Simon : Je pense qu’on va continuer à travailler sur Aaron. Le premier album a été fait à notre rythme dans notre bulle sans aucune pression extérieure et j’aimerai bien qu’on garde cela pour la suite. Je pense qu’on n’est pas prêts de s’arrêter mais on doit prendre notre temps et se nourrir d’autres choses. Je n’ai pas du tout l’intention d’arrêter le cinéma, Olivier a des projets musicaux qu’il ne doit pas zapper donc c’est bien d’aller voir ailleurs et de ne pas se regarder le nombril, ça nous permettra aussi de ne pas se planter et de ne pas se faire piéger par ce qui nous arrive.

Et souhaitez-vous continuer à travailler seulement tous les deux ou êtes-vous prêts à vous ouvrir à d’autres personnes pour la production par exemple ?
Olivier : On n’en a pas vraiment parlé mais ça fonctionne très bien ainsi. On n’est pas fermés à des collaborations mais pour tout le travail qui touche à l’album, on souhaite travailler ensemble. Tu peux déléguer au niveau de l’image mais pour la musique c’est très compliqué de la confier à quelqu’un, c’est très intime et il est très rare de trouver la personne qui puisse sublimer cela.

Sur la première édition de l’album, il y avait un autocollant très vendeur avec la phrase « A mi-chemin entre Archive et Radiohead » et pour ma part, je n’ai pas sentie d’influences directes alors que ce sont des groupes que j’aime beaucoup. Trouvez-vous la comparaison pertinente ?
Olivier : Ce sont des groupes qu’on apprécie mais c’est tout. C’est le genre de choses qu’on ne maîtrise pas mais je pense que c’est important pour les gens d’identifier un style.

Vous avez fait votre première tournée cette année. Je suppose que l’évolution doit être flagrante surtout pour toi, Simon qui n’avait jamais fait cela.
Simon : J’ai énormément évolué sur scène en apprenant sur le tas. Entre la date du 14 mars et celle du 15 août, mon approche s’est transformée, je me sens beaucoup plus libre.
Olivier : Et là on a hâte de retrouver nos concerts pour se rendre compte de l’évolution car on a eu une coupure cet été avec les festivals qui sont toujours un peu compliqués surtout avec la musique qu’on fait.
Et est-ce que ton travail de comédien t’aide dans l’interprétation ?
Simon : Justement au début je me suis dit que je ne voulais pas utiliser ça. Autan j’aime ce que je trouve dans mon métier de comédien, autant là, je voulais chercher autre chose. Et puis quelque part tu n’as pas vraiment le choix parce que sur scène, tu es à poils devant les gens et le jeu n’est pas possible.

Je suppose que l’expérience de la scène vous a apporté de nouvelles envies musicales, avez-vous déjà des orientations pour la suite ?
Olivier : La scène a développé certaines choses c’est sûr. Aujourd’hui on a déjà quelques bribes de morceaux qui viennent mais on aime bien se frustrer et attendre qu’il y en ait plusieurs pour en sortir le meilleur.

Jusqu’à présent vous avez choisi une orientation plutôt intimiste (3 sur scène) qui correspond bien à l’ambiance de l’album. A l’avenir est-ce que vous pourriez changer de configuration ?
Simon : On est assez ouverts là-dessus, on voit au cas par cas. Pour l’instant ça fonctionne très bien comme ça, l’énergie passe simplement. C’était un choix et on ne se sent pas limité pour l’instant donc ça roule comme ça.

Quelles sont les dates que vous retiendrez sur cette tournée ?
Simon : Elles ont toutes eu quelque chose de particulier parce que c’était les premières, heureusement que le quotidien ne s’est pas installé. Mais on a joué par exemple dans des théâtres antiques à Vienne et à Nîmes, c’est particulier quand tu te dis qu’il y a des gens qui étaient là il y a 2000 ans.
Il parait qu’au Paléo, c’était assez énorme.
Simon : Ah oui le Paléo, c’est une de nos plus grosses claques, on jouait entre Arcade Fire et Bjork donc c’était plutôt sympa mais très flippant aussi. C’était vraiment magique.

Vous allez aussi vous produire à l’Olympia en Novembre. C’est une salle qui reste assez mythique je trouve même si beaucoup de gens ne la considèrent plus comme cela. Comment abordez-vous ces dates ?
Simon : Ceux qui voient l’Olympia comme une salle banale, tant mieux pour eux mais il y a quand même les plus grands noms de la musique, de ceux que j’apprécie en tout cas, qui sont passés à l’Olympia. Même si aujourd’hui le type de programmation a changé, il y a quand même des gens comme Nina Simone, Jeff Buckley qui ont foulé ce sol là et ça me rend fou de savoir que je vais avoir la chance de passer après eux. Et puis c’est vraiment une étape dans mon fantasme de musique, c’est énorme d’avoir ça dans une vie.
C’est vrai que c’est assez magique comme endroit, il se passe toujours un truc spécial là-bas.
Simon : Je pense que les gens sont conditionnés quand ils vont à l’Olympia, on rentre dans une ambiance particulière. Ce n’est pas un simple concert.

Et bien je vous souhaite pleins de bonnes choses pour l’Olympia et le reste de votre carrière.

Un grand merci à Olivier, Simon et Lara.