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29 Novembre. Paris. Un dimanche soir. Autant dire un soir qui ne se prête guère à la virée nocturne. Et pourtant, je suis là, il faut dire que j’ai rendez-vous, rendez-vous avec un groupe venu de loin. Gliss. Trio californien dont je ne cesse de rabattre les oreilles des lecteurs sur VisualMusic, il faut dire que ma position de PDG me permet tout. Il faut dire que je suis le trio depuis son premier passage en Europe, en première partie d’un grand chauve qui a eu tant de succès dans les années 90 avant de se transformer en prêtre évangélique (un certain « B.C.« , désormais lointain cousin de « J.C.« ). Soit ! Le groupe est à la bourre, il faut dire qu’ils reviennent d’une tournée en Italie avec The Horrors, puis ce sera Londres pour repartir vers la Californie. La rencontre va donc être rapide, l’interview ne sera assurée que par Victoria pendant que Martin et David s’occuperont d’installer le matériel et de commencer les balances. Les retrouvailles n’en sont pas moins chaleureuses, cela a beau faire 4 ans que l’on ne s’est pas vus physiquement, les nombreux échanges entre les musiciens et moi-même ont permis de tisser un lien. Hélas le temps presse, nous sommes déjà en retard. C’est donc dans les loges que se déroulera cette courte interview qui, contrairement aux autres parues à cette occasion, ne s’attarde pas sur les débuts du groupe. Il faut dire que nous les évoquions déjà en 2006. VisualMusic, l’autre webzine qui te fait gagner du temps, gros !

C’est Victoria qui entame l’interview avec un « bonjour » en Français.
Moi-même un peu amusé : Heureux de vous rencontrer !
Ça fait plaisir de te revoir.

Moi aussi ! Il faut dire que cela fait quasiment 4 ans depuis votre dernier passage en France. Ce soir, c’est le dernier show de votre tournée « européenne » et pour tout dire, j’ai eu l’impression que ç’a été plus difficile pour vous d’organiser cette tournée qu’en 2006. C’est juste une impression ou c’est réellement le cas ?
Ce qui s’est vraiment passé quand on s’est rencontrés…

Vous étiez alors épaulés par le label anglais Toughcookie

Oui, nous étions sous contrat avec ce label, nous avons donc tourné un peu partout et un jour et notre agent nous a dit « vous devez venir sur Londres » et nous allions réellement le faire. Nous sommes néanmoins retournés chez nous (en Californie) et nous avons fait un concert et quelqu’un du label Ryko était là. Il a vu le show et a décidé de nous signer. Nous ne nous attendions pas à ça car d’un coup, nous étions signés par un label américain et naturellement, ils voulaient que nous nous concentrions sur les États-Unis. Forcément, nous avons pas mal tourné là-bas et c’est pour ça que nous avons fait ce nouvel album (« Devotion Implosion« ). Maintenant, ils veulent que l’on revienne…

Oui, car vous avez déjà signé pour un troisième album, ce qui est une bonne chose pour vous puisqu’auparavant, le futur du groupe semblait plus incertain…
Oui, une très bonne chose !

Comment définirais-tu votre dernier album ? Car il a y eu une véritable évolution de votre son…
Je pense que lorsque nous avons fait le premier album (« Love The Virgins« ), cela ne sonnait pas comme un album enregistré en quelques mois puisque nous l’avons enregistré en quasiment trois ans, tu vois. Nous avions enregistré tant de chansons, que ce soit entre les tournées, pendant les tournées, aux États-Unis, en Europe quand on y était, qu’au final, quand nous avons été signés, nous avons juste choisi les « meilleures » chansons car en y regardant de plus près, on peut se dire qu’elles n’allaient pas forcément ensemble. Ça part un peu dans tous les sens (rires), avec des rythmes très différents. Mais cela représentait bien ce que nous étions à l’époque. Avec ce nouvel album, les choses sont différentes, nous avons certes enregistré en une année quasiment mais le principal s’est fait sur deux mois et d’une certaine manière, nous savions un peu plus qui nous étions, où nous voulions aller et maintenant retour à la maison… (quand soudainement, les guitares se font entendre juste à côté, soundcheck express oblige, ce qui provoque un rire de Victoria vu les décibels envoyés)… pour enregistrer le troisième album et ce sera un petit peu différent aussi.

Par rapport à l’interview donnée précédemment (notamment par une confrère alors encore présente dans la loge), es-tu d’accord avec l’idée que ce nouvel album soit plus shoegaze, on a parlé de Jesus and Mary Chain par exemple… D’une certaine manière, je suis assez d’accord..
Tu te demandes si on est shoegaze ?

En tout cas, pour résumer votre son actuel.

Sur certains aspects oui mais je pense qu’il y a encore un peu de son pop car si cela ne tenait qu’à moi, on serait très shoegaze (rires) ! Très probablement !

Vous avez bossé avec Gareth Jones (qui a notamment bossé sur plusieurs albums de Depeche Mode) et Greg Calbi (David Bowie, MGMT,…), comment avez-vous fait pour les débaucher parce qu’ils sont plutôt connus dans le milieu… Ça n’a pas dû être évident. D’autant plus qu’ils ont vraiment su apporter quelque chose sur cet album.
Nous voulions vraiment bosser avec Gareth Jones ! Parce que les groupes avec lesquels il a bossé sont des groupes que nous aimons vraiment beaucoup ! Tu sais, comme Depeche Mode… Donc nous le voulions vraiment, VRAIMENT ! Mais bien évidemment, le fait d’être signés par un petit label, comprendre un label ne nous permettant pas d’avoir un très très gros budget, le seul moyen d’y arriver était d’enregistrer nous-mêmes l’album pour qu’il puisse le mixer. Et comme nous étions vraiment excités à cette idée…

Vous lui avez donc envoyé l’album.

Oui, nous lui avons envoyé l’album, en tout cas les CDs de toutes les pistes et une fois qu’il a commencé à travailler dessus, ils nous a mailés… Nous avons ensuite fait faire le mastering par Greg Calbi car c’est une autre personne avec qui nous voulions vraiment bosser, nous voulions que le master soit fait par ce mec, qu’il fasse que cela marche ! Et d’une certaine manière, tout a fini par se faire. Nous sommes allés à New York avec lui et c’était une belle expérience.

Vous avez fait beaucoup de premières parties (Smashing Pumpkins, Editors, Black Rebel Motorcycle Club, Raveonettes, etc…), penses-tu que cela ait pu vous influencer que ce soit dans votre manière d’écrire ou même votre son ?
Quand nous tournons avec d’autres groupes que nous aimons, tu ne peux que constater à quel point ces gens sont sérieux à propos de leur carrière, comme les balances avant le concert, ce qui montre à quel point ils sont professionnels, tu vois ? Cela donne une certaine inspiration, cela donne envie de s’y mettre à fond…

Pendant un moment, Billy Corgan a eu des allures de « parrain » pour vous… (ce qui ne manque pas de provoquer un rire de Victoria) parce que vous avez tourné avec lui en Europe, il vous a fait faire la première partie de certains shows lors de la résidence des Smashing Pumpkins version 2.0 à San Francisco… Vous êtes toujours en contact avec lui ? Est-ce que tu as l’impression qu’il suit un peu l’évolution du groupe d’une certaine manière ?
Le truc avec Billy Corgan, c’est que nous devons l’appeler « le parrain » et lui embrasser la main à chaque fois que nous le voyons. (Victoria faisant clairement référence au film de Coppola, cela ne manque pas de provoquer un rire général pour cette petite mise en boite).

Peux-tu me dire pourquoi votre précédent album (« Love The Virgin« s) est sorti aux États-Unis avec une tracklist différente ? D’autant plus qu’un nouveau single « Gimme The Hit » a été placé en première position, ce qui n’a rien à voir avec une piste bonus, ça donne un autre aspect au disque.
En fait et comme tu le sais, l’album est d’abord sorti en Europe et lorsque nous sommes rentrés aux États-Unis, le label (Ryko) voulait en faire de même mais ils voulaient que nous écrivions pour l’occasion un tube (rires)… Nous avons donc dû enregistrer ce titre pour l’album et nous l’avons appelé « Gimme The Hit« … (clairement amusée). Et ç’a été un énorme « hit » ! (Rires).

Martin écrit pas mal de titres de son côté, enregistre parfois en solo, je sais que vous êtes tous très investis dans le groupe, comment percevez-vous cette idée ?
Sur le fait d’enregistrer nos propres chansons de notre côté ?

Oui…

V : C’est quelque chose dont on peut vraiment ressentir le besoin, tu peux avoir beaucoup d’idées, l’envie d’écrire beaucoup de choses, parfois cela colle avec le groupe car nous sommes trois, nous devons nous mettre d’accord et je sais que Martin fait pas mal de choses de type folk et forcément, nous n’avons pas toujours le sentiment que cela corresponde au groupe, ce qui ne l’a pas empêché d’enregistrer de quoi faire 2-3 albums. De mon côté, ce que je fais est un peu trop sombre pour Gliss mais j’ai quelqu’un avec qui enregistrer quand il y a besoin… Donc nous faisons nos propres trucs autour du groupe…

Du coup penses-tu qu’un jour toi, David ou Martin, vous puissiez sortir un album en solo ?
Oui… Je ne peux que parler pour moi mais si je devais le faire, ce serait parce que je dois le faire… Que j’ai toutes ces choses dont je dois me « débarrasser » mais cela m’importe peu de savoir où cela va, j’en ai juste besoin. Mais enregistrer est toujours bon car cela peut terminer dans des films (ndr : ce qui est le cas pour Martin) et donc tu peux toujours te faire un peu d’argent vis-à-vis de ça…

D’ailleurs, que penses-tu de tous ces groupes qui filent leur musique gratuitement comme Nine Inch Nails ou Radiohead ? Avez-vous déjà pensé à ça, juste pour bénéficier d’un peu plus de reconnaissance par exemple…
Je ressens beaucoup de choses vis-à-vis de la musique gratuite. D’une certaine manière, c’est super parce que beaucoup de groupes savent qui nous sommes parce qu’ils ont eu notre musique gratuitement et que s’ils avaient dû payer pour, ils n’auraient jamais su qui nous étions. Maintenant, il y a l’autre aspect, celui qui fait que l’on ne se fait absolument aucun argent et cela complique pas mal les choses quand on veut vivre en tant que musicien. En tout cas nous concernant, car nous ne sommes pas un énorme groupe, nous ne gagnons pas énormément d’argent. Maintenant et à titre purement personnel, j’ai aussi eu de la musique gratuitement mais j’ai le sentiment qu’il manque quelque chose, tu vois. Quand je repense à l’époque où l’on achetait des CDs dans les magasins spécialisés, tu l’écoutais au magasin, tu achetais un objet, c’était une véritable expérience à chaque fois. C’est un peu comme si tu payais pour quelque chose qui te devient d’un coup… particulier. La musique gratuite ne permet pas de ressentir les choses de la même manière.

Oui, car maintenant les gens achètent aussi beaucoup de singles…

Oui, ils loupent quelque chose !

Vous avez tourné quasiment toute l’année, que vas-tu garder en mémoire car je sais qu’il y a eu beaucoup de choses qui se sont produites, une fusillade devant une de vos salles de concert ou encore le vol de votre matériel.
Oui ! Tout a eu lieu cette année, c’était dingue ! Mais ce dont je me souviendrai le plus, c’est juste le fait de m’asseoir dans notre van (le groupe ayant sillonné les États-Unis avec). J’ai essentiellement passé l’année assise dans un van (rires). Je me souviendrai bien évidemment du vol, de la fusillade mais aussi de notre tournée avec The Horrors ou encore The Warlocks car ce sont de super groupes, des personnes très sympas, le fait de revenir en Europe, d’aller en Italie. L’Italie, ç’a été incroyable. Il y a tant de choses, c’était vraiment cool.

Dernière question car je sais que l’on a peu de temps, quels sont vos projets ?
Nous rentrons dans quelques jours…

Vous allez en profiter pour vous reposer un peu ? Parce que vous êtes tout le temps en train d’enregistrer, de tourner, vous ne semblez jamais vous reposer.
Comme on dit « no rest for the wicked » ! (Rires). Non, en fait, on va rentrer, j’ai une journée de repos et nous allons commencer à enregistrer pour le nouvel album et nous sommes très excités à ce sujet.

Vous comptez bosser avec la même équipe technique ?
Nous ne sommes pas du tout sûrs ! Nous allons rentrer, finir quelques chansons, mais il y a bien quelques personnes dont nous parlons entre nous. Nous allons essayer de faire quelque chose de différent je pense. Nous allons d’ailleurs jouer 2 nouveaux titres ce soir je pense ! Même si l’une de nos pédales d’effet a été volée en Italie il y a quelques jours, donc nous ne sommes pas sûrs de pouvoir le faire…

Et bien merci beaucoup pour cette interview !

Merci à toi !

Et c’est donc devant un Point Éphémère peu bondé que le groupe assurera une courte prestation en ce dimanche soir. Point finale d’une mini-tournée européenne menée tambour battant qui n’aura pas manqué d’épuiser le trio avec lequel j’aurais néanmoins eu l’occasion de parler musique et projet une fois le concert terminé dont vous pourrez retrouver toutes les photos dans notre section photos.

Je tiens à remercier Julien, mon « wingman » et assistant technique du soir, mes profs d’anglais même si j’ai toujours un accent de merde 10 ans après et bien évidemment, Zuhair (is da « shit », man), Victoria, David et Martin pour leur amitié et leur musique que j’apprécie toujours autant.