Janvier 2024, DITZ ouvrait pour IDLES dans une tournée européenne des stades et nous avouait avoir fini d’enregistrer leur deuxième album. Never Exhale est maintenant disponible depuis le début 2025 et le groupe s’apprête à faire sa plus grande date en salles à l’Elysée Montmartre le 21 novembre. Un debrief de l’année en cours s’impose pour un groupe en pleine ascension.
Son et tension
Cette date parisienne s’est fini par un after au Supersonic avec pas mal de verres et de mélanges. Ca s’est mal fini pour certains avec beaucoup de vomi… Notre ingénieur son a parlé tout seul dans son sommeil toute la nuit, il a perdu son manteau dans le bar. On a été très bien reçu là-bas, on en a sûrement trop profité. (rires)
En ce qui concerne la genèse des morceaux du premier album, quelqu’un travaillait dans sa chambre sur une démo et ensuite, on se rassemblait. Grâce aux confinements, on a été béni en quelque sorte car nous pouvions répéter à l’infini. On ne l’a pas suffisamment apprécié sur le moment car nous étions inquiets à l’idée de ne plus pouvoir jouer de concerts. Mais en réalité, c’était fantastique d’avoir autant de temps pour écrire des morceaux. Cal travaillait dans un pub fermé pendant le COVID et on a pu laisser notre matériel au sous-sol toujours branché. C’est aussi là que Sam a pu passer de bon batteur à excellent car il pratiquait tous les jours.
Pour Never Exhale, on était en tournée constamment donc on l’a écrit sur la route. À chaque fois qu’on pensait à prendre le temps pour écrire, un live arrivait. Notre premier morceau a été 18 Wheeler où on a profité d’un moment entre Orléans et Eindhoven pour louer un endroit pour répéter. C’est la première fois que l’on faisait ça. On a fait ensuite ça régulièrement pendant 1 an et demi lors de nos jours off, à louer des lieux ou à chercher si on ne connaissait pas un groupe dans le coin qui pouvait nous aider à trouver un lieu. Space / Smile et Taxi Man ont été dans cette logique écrites dans un ancien bunker de la seconde guerre mondiale à Cologne transformé en salle de répétition. Cela appartient maintenant à un de nos potes du groupe TV CULT. On a aussi joué God On A Speed Dial pour la première fois sur des balances et quelqu’un l’avait enregistré et mise sur YouTube : quand on l’a vu, on s’est rendus compte que le tempo était beaucoup, beaucoup plus rapide que dans la version studio. On avait la plupart de ces morceaux pendant un certain temps avec nous sur nos lives. Même avec un titre comme Senor Sinestro est arrivé juste après avoir fini The Great Regression.
C’est pourquoi le disque comporte beaucoup de titres différents. Quand tu changes tout le temps de lieu, d’humeur, de journée, de météo ou même de nourriture, ça influence tes chansons et on pourrait considérer ce disque comme un disque de tournée car il a été composé à travers l’Europe. Ca nous a permet de garder un certain niveau de variété.
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C’est intéressant ce que vous dites car Never Exhale semble avoir été vraiment pensé comme un album complet, il sonne très cohérent. En comparaison avec The Great Regression, c’est très difficile de l’écouter par morceaux, aussi parce qu’on a moins de singles comme Kate Moss ou Summer of the Shark.
‘On a pris énormément de temps à construire l’ordre de la tracklist. Quand on a décidé des dates d’enregistrement, on a commencé par rassembler toutes ces démos enregistrées à travers les salles de répét’ pour travailler les transitions entre les morceaux. C’est un travail que l’on reproduira pour le prochain car ça aide vraiment d’avoir un tout cohérent. On adore écouter les albums en entier et c’est important pour nous de faire en sorte que nos disques suivent cette logique.’
Nous apprécions beaucoup ta remarque sur cette notion d’album car pour arriver à ce que le public écoute une chanson comme britney, c’est important pour nous qu’il ait entendu ce qui s’est passé avant. Il y a une progression, ce morceau appartient à la fin du disque, c’est la fin du livre.
Pour britney, tout a commencé chez les parents de Jack alors que nous allions à un enterrement. La fin des albums représente pour nous une ouverture vers ce qui arrivera par la suite, ce sont aussi les morceaux que l’on préfère et qui diffèrent du reste. Il y a quelque chose que j’aime faire à la fin d’une longue journée, c’est écouter chronologiquement la discographie d’un artiste. J’aime pouvoir entrevoir le raisonnement et la continuité.
Récemment, nous avons enregistré deux nouveaux morceaux et si tu les mets à la suite de britney et The Body as a Structure, elles ne dépareilleront pas. C’était similaire avec No, Thanks à la fin de The Great Regression qui ont une ressemblance avec Space / Smile. Ce serait cool d’avoir un disque qui rassemble nos trois premiers disques. (rires)
D’abord, on a été impressionné par son travail. On a utilisé une tactique : on l’a tous suivi sur Instagram au même moment. En commençant par le profil du groupe et ensuite, nos profils perso. Le lendemain, on lui a envoyé un DM. On voulait l’enregistrer avec lui mais on n’a pas pu pour des raisons de planning, ce qui fait qu’il a juste mixé. Il fallait choisir entre ouvrir pour IDLES dans la tournée des stades ou partir à New-York deux semaines enregistrer avec Seth. Cette tournée nous a amené à enregistrer le disque juste avant de partir.
C’est l’ironie du sort qu’un disque écrit en tournée soit bloqué dans son enregistrement par une tournée. Même le titre 18 Wheeler est un clin d’oeil à ça parce que nous étions constamment en route pour jouer quelque part. En plus de la tournée pour IDLES, nous avions fait 2 semaines où nous avons découvert plusieurs villes dont Reims. Ville qui est impossible à prononcer pour nous.
“Je suis désolé pour mon français”, enchaîne Cal.
DITZ et la France
On en a parlé la dernière fois qu’on s’est croisés : jouer avec IDLES vous a ouvert la porte des stades et ça vous a plu. Quel impact ça a eu sur vos performances et est-ce que ça a une influence sur la suite ?
Encore une fois, je pourrais jouer dans un stade tous les jours. Bien que la date parisienne était l’une des plus faibles. La réponse qu’on a eu du public ce jour-là était mitigée. On était déçus en sortant de scène parce que Paris nous a toujours donné des concerts incroyables.
Vous avez tout déchiré mais la fosse était à moitié remplie quand vous avez joué car il était assez tôt. À cause du tarif élevé, le public des stades est un peu plus âgé que dans les salles plus petites, ça a du jouer aussi sur l’engouement. Il y a aussi une frange du public qui ne veut pas aller dans des salles de cette taille, quelque soit l’artiste.
A part lorsqu’on nous on offre des places pour un concert en particulier, c’est vrai que nous n’allons pas forcément dans des stades en tant que spectateur.
Pour le public français, c’est les meilleurs. Sincèrement, ça a toujours été nos concerts les plus fous. Je pense que les français ont la capacité de comprendre la nuance et le caractère cynique de notre musique. C’est un public plus ‘’lettré’’ et on le voit aussi dans l’Histoire en littérature notamment, c’est un pays qui a permis à des artistes de se faire publier et de trouver un public. En Angleterre, on se retrouve avec une audience plus frontale et qui a tendance à prendre notre musique au premier degré. On le ressent à tous les étages. Même lors des interviews ou des questions de nos fans, on sent qu’il y a une attention supplémentaire. Je ne veux pas sonner comme si nous nous plaignons de l’Angleterre, c’est plus un compliment envers la France.
C: Je viens de lire Paris Interzone qui raconte comment James Baldwin, William S Burrough et d’autres écrivains qui sont venus s’installer ici. C’est une question de mentalité et de culture. Chez nous, on est parfois perçu comme un groupe bizarre. Mais pas bizarre dans le sens où ça les intrigue mais plutôt parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’on fait. Cela nous arrive de faire 2 semaines de tournée là-bas et d’avoir la sensation de passer par des moments pénibles alors qu’en France, tous les concerts vont être excellents.
J : Je ne dis pas non plus que nous sommes incroyables et que nous devrions être le plus gros groupe de l’univers mais il y a encore là-bas beaucoup d’attention à l’allure et au style. La forme au détriment du fond.
C: Peut-être que si nous prenons l’équipe de maquillage de Basique, on pourrait passer un cap. (rires)
Par rapport à la France, c’est par contre difficile d’aller au-delà d’un certain plafond car nous n’avons pas la culture de l’alternative. Un groupe comme les Psychotic Monks par exemple peut bénéficier d’une visibilité et de dates de tournée mais devra quoiqu’il en soit passer par l’Europe pour en vivre. En parlant de la France, est-ce que vous avez un mot pour vos camarades de chest. avec qui vous avez tourné en début d’année ?
C : Ils sont fantastiques : des supers personnes et un super groupe. Je jouerais avec plaisir une centaine de concerts avec eux : pas un, 100 ! Pour les avoir fréquenté tous les jours, eux et leur entourage sont adorables. Ils vont jouer en Angleterre au festival de Rockaway Beach. Ils ont même été dans la sélection des 100 groupes à surveiller par NME : Quelque chose peut se passer, ça ne nous ait jamais arrivé. C’est drôle que Nico, l’un des guitaristes soit passé du mec qui vient à nos shows un peu partout à un membre de groupe de nos premières parties.
On a essayé de faire du Port, qui est un mélange de sucre roux, de Brandy et de vin rouge. On a bu ça et quelques litres de bières après notre show. On devait enchaîner le lendemain avec le Pukkelpop. Notre manager Andy est le pire des conducteurs, tu peux l’écrire en français : on lui traduira. (rires)
Il nous a conduit : c’était comme si un géant avait pris le van dans sa main pour le balancer jusqu’en Belgique.
On m’a aussi parlé de ton plongeon dans le lac au Lévitation ?
À chaque fois qu’il y a un plan d’eau où nous jouons, je suis obligé d’y aller. Et tu sais ce qu’on dit sur la meilleure bière ? Celle de l’aéroport, celle avant le show, celle après le show, celle pendant le show, etc. Je peux te garantir que celle après le plongeon dans le lac est très bonne ! (rires)



