Netflix vient de lâcher Our Brother, Hillel, un documentaire qui, sous ses airs de biopic autorisé, a fini par se faire désavouer par Anthony et Flea eux-mêmes. Le litige ? Un changement de marketing un peu cavalier de la part de la plateforme, transformant ce qui devait être un hommage intime à Hillel Slovak en une « ascension des Red Hot » un peu plus commerciale.
Au-delà de la guéguerre de communication, le film de Ben Feldman réussit là où beaucoup échouent : il capture l’ADN pré-stade du groupe. On y découvre un Los Angeles poisseux, celui des clubs punk où le funk n’était encore qu’une expérience chimique instable, portée par un gamin de 26 ans au destin foudroyé.
L’un des autres points qui peut diviser, c’est l’utilisation de l’IA pour faire revivre la voix de Hillel. La famille a donné son feu vert pour lire ses journaux intimes, entendre ce spectre digital raconter ses doutes et sa descente aux enfers avec l’héroïne apporte une couche de malaise qui colle étrangement bien à la noirceur de l’époque. Les interviews de Flea, visiblement encore à fleur de peau 40 ans plus tard, rappellent que sans Slovak et son incitation à faire du « bruit » avec une basse, les Red Hot ne seraient sûrement pas.
Si le documentaire s’attarde sur Hillel, il rend aussi justice à celui qui était son alter ego musical : Alain Johannes. Membre fondateur d’Anthym (le groupe pré-RHCP), Johannes est présenté comme le professeur, celui qui maîtrisait la théorie là où les autres avaient l’instinct. Le film montre bien que la grammaire rock de Slovak — ce mélange de précision hendrixienne et de punk anguleux — a été forgée dans ce garage avec Alain. Mais le documentaire va plus loin en traçant une ligne droite presque mystique entre la mort de Hillel en 1988 et son influence dans le rock depuis avec des interventions remarquées chez QOTSA, Eagles of Death Metal, Them Crooked Vultures, Mark Lanegan ou PJ Harvey. Aussi dans le jeu des connexions, on remarquera l’importance de la ville de Los Angeles dans la musique des années suivantes puisque Flea aura traîner aussi bien chez les Mars Volta qu’avec Tom Yorke, tout comme Frusciante peut jongler entre Omar Rodriguez-Lopez et les Warpaint.
Finalement, malgré le désaveu créatif du groupe, ce doc s’impose comme une pièce archéologique indispensable. Entre les croquis animés de Hillel, les interventions de la vieille garde de l’époque composée de Jack Irons, Michael Beinhorn, George Clinton, on touche du doigt ce moment de grâce brutale avant que la machine ne devienne trop grosse. C’est moins un film sur un groupe de rock qu’un récit sur le deuil et l’héritage, illustrant très bien dans sa dernière partie comment John Frusciante a pu s’inspirer et canaliser l’esprit de son idole.
Le seul vrai bémol de ce programme est peut-être l’avalanche constante de photos du groupe avec d’horribles grimaces d’enfants de 6 ans. Est-ce que c’est une raison supplémentaire de ne pas prendre de l’héroïne ? Hélas, ce n’est pas une question répondue par le documentaire.

