Le Supersonic est un lieu incontournable de la nuit parisienne pour aller écouter de la musique, danser et découvrir 3 groupes lives par soir. Un concept qui paraît simple et évident mais qui n’existait pas vraiment avant 2016. Ca fait donc dix ans que le Club fait vivre le 11ème arrondissement et rayonne à l’international. Comme nous avions échangé avec l’équipe pour les 3 ans, on a repris la discussion pour aller à la chasse aux anecdotes et en savoir plus sur l’évolution du projet et leurs prochaines nouveautés !
Ce sont Cécilia en charge de la communication, Charles à la production et Quentin à la programmation qui ont répondu à nos questions.
Pour fêter les 10 ans, vous nous avez préparé un mini-festival qui s’étale sur 4 soirées ?
Q : Pour la première soirée, on voulait montrer les salles qu’on a. D’où cette idée de ping-pong entre le Club et le Records. C’est un format qu’on faisait pour les They’re Gonna Be Big, qu’on a fini par rapatrier dans le Club pour éviter de faire naviguer les gens. Après les deux autres soirées du vendredi/ samedi, on revient sur un format classique avec 3 concerts par soir. Le dimanche, on terminera par le traditionnel tribute avec 5 groupes qui feront un best-of par décennie de 1960 à 2000.
Et le bowling dans tout ça qui résume les 10 ans, 10 quilles !
Aujourd’hui, ça représente combien de personnes l’équipe du Supersonic ?
C : Un peu moins d’une trentaine si tu comprends toutes les personnes allant du ménage, à la billetterie, le bar et les équipes dans les bureaux. Lors des 3 ans, nous étions une dizaine.
Cé : Maintenant à la communication, on est 4. En production, ils sont 3. Plus de réseaux sociaux à gérer, les deux festivals annuels, les deux salles à occuper : ça nécessite du monde ! La famille s’agrandit et ça permet de faire de plus en plus de choses pour le public.
Q : À l’époque, on regardait les stats Facebook via les événements pour savoir si du monde allait venir.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les cuisines : comment se passe votre journée type dans les bureaux ?
Q : J’arrive à 11h, je regarde mes mails et je pleure. (Rires)
Je fais le tri dans les demandes en classant entre les priorités, les en-cours et ce qui concerne les festivals. S’il y a une urgence ou une annulation, je m’en charge directement mais pour le moment, on est chanceux. Je suis à la programmation depuis septembre dernier mais avant, j’étais chez Take Me Out notre agence de booking. Et quand je suis arrivé, j’étais à la prod pendant plusieurs années.
C : Regarder mes mails et voir la production des productions et des pré-productions à venir. Je gère aussi toute la partie administrative : contrats, factures et la partie RH de l’entreprise. Les entrées/sorties des salariés, les jours de congés et je gère l’équipe de production pour que tout soit organisé et prêt pour les équipes. Au Club, c’est souvent la même recette mais au Records, il peut y avoir du piment dans les demandes.
Cé : Je commence à 13h. Enzo va se charger de la com du Club via les réseaux sociaux. Célia va gérer ceux du Records et de Take Me Out. Jo m’aide sur la partie festivals puisque le TGBB de novembre et la Bloc Party de mai s’enchaîne assez vite. C’est beaucoup de plans de communication et de réflexions sur les plannings. Prendre le temps pour se renouveler via des concepts et des idées de contenus. Chaque mercredi, on fait une réunion d’équipe afin de définir les priorités pour la semaine à venir.
Aussi, on a l’Atelier Volant qui nous accompagne depuis le début sur les programmes papier, la DA de Block Party et les invitations des anniversaires. Bien sûr, on a aussi les photographes et vidéastes pour les concerts.
En plus des soirées dancefloor à partir de 23h, vous avez lancé des concepts de soirées de concerts avec une couleur particulière : la They’re Gonna Be Big pour les futurs talents à surveiller n’ayant jamais joué en France ou la Vapour Trail pour les groupes de shoegaze. À quel moment vous vous lancez ou décidez de les arrêter ?
Q : À un moment on avait beaucoup de demandes de shoegaze, ça s’est un peu essoufflé par la suite. L’idée derrière la Vapour Trail s’était donc d’avoir de les regrouper dans le même plateau. Comme pour la TGBB.
Cependant on a remarqué que lorsque ce n’était pas sous l’étiquette TGBB, ça marchait moins. On continue donc de programmer des groupes de shoegaze sans passer par une étiquette particulière.
Cé : TGBB a marché parce qu’il y a aussi cette notion de découverte et d’inconnue. On s’est donc dits qu’on pouvait l’étendre par style mais en réalité, pas forcément.
Q : À force de trop ‘brander’, tu perds les gens et garder de la rareté ça aide aussi. On a des astuces pour porter les groupes que l’on veut mettre en valeur, notamment en programmant deux autres groupes locaux. Une fois par mois pour la TGBB, c’est un bon rythme parce que le réservoir de groupes n’est pas infini non plus. Si tu rajoutes les festivals dans l’année à 21 et 90 groupes, t’as vite fait le tour et tu n’as pas envie de te retrouver à choisir des groupes par dépit. Raréfier, ça permet au vivier de se renouveler.
Pour l’identification des groupes justement, vous avez les demandes en spontané et les réseaux de festival.
Q : On fonctionne avec notre réseau de tourneurs et en effet les festivals comme Great Escape, Left of The Dial, Eurosonic, Rockaway Beach.
Cé : À chaque fois qu’on annonce la Block Party, des groupes nous écrivent parce qu’ils sont potes avec des artistes déjà programmés.
Comment se joue la différenciation entre le Club et le Records, où le lieu se prête plus à une ambiance showcase et intimiste ?
Q : Nous avons beaucoup de demandes de location pour des artistes via leurs tourneurs : AEG, Live Nation ou Radical par exemple. Dans cette jauge, il y a assez peu de salles maintenant. La Boule Noire va être entre travaux mais sinon ça se rapproche du Pop-Up du label en termes de capacité.
On est toujours sur une esthétique rock mais on essaie d’ouvrir un peu plus. Ce qui nous permet de programmer des artistes que l’on appréciait mais qu’on ne pouvait pas forcément mettre au Club.
Cé : C’est bien également d’avoir les pogos ici au Club et d’avoir une ambiance plus chill à côté avec parfois de l’indie pop ou de la folk. Il y a ce côté plus respectueux assez obligatoire vu la taille de la jauge. Parfois au Club, l’ambiance peut parfois être dissipée.
C : C’est plus pour les cancres du fond de la salle parfois, où tu sais que tu peux venir boire un coup avec tes potes et découvrir de la musique en même temps.
Depuis quelques années, vous vous êtes lancés dans l’organisation de vos propres festivals, notamment via la Block Party et le TGBB. Comment cela vous occupe ?
C : Grâce aux équipes plus grosses, on arrive à se répartir par salle au niveau de la production pour éviter de s’emmêler les pinceaux.
Q : À la base, il y avait 4 salles : les nôtres, le Café Seine et le Guru. L’an dernier, il y avait 10 salles. Niveau booking, ça se remplit bien parce que le nom commence à prendre. On est en plus sur la même période que le Great Escape donc tu as beaucoup d’artistes qui viennent des Etats-Unis qui en profitent pour faire un crochet par chez nous.
Cé : Pour moi, c’est un énorme boulot parce qu’il y a les partenariats à mettre en place avec des marques comme Marshall. On a travaillé avec le MK2 Bastille pour une projection du film The Runaways, avec la galerie Arts Factory rue de Charonne, dans la galerie du Pop-Up pour héberger 3 salons de tatoos, etc. Cette année, il va encore y avoir d’autres choses pour faire vivre le quartier dont un nouveau lieu.
Niveau production au vu du nombre de salles, ça ne bégaye pas un peu avant le jour J ?
C : Je regarde 3/4 fois la feuille de route pour voir si c’est cohérent avec les annonces de la communication. Quand on reçoit les flyers, on est toujours un peu tremblants et on espère que tout est bon. (Rires)
C’est beaucoup de boulot mais quand c’est fait avec sérieux et passion, ça roule.
Cé : On a des groupes WhatsApp dans tous les sens avec des chargés de prod en plus pour l’événement. Il y a les préparatifs et ce qui se passe le jour J…
Q : Un chanteur était perdu dans un after l’an dernier et il n’a jamais pu jouer pour le concert prévu.
Cé : Dans ces cas-là, on a envoyé des push sur l’app du festival pour renvoyer vers un autre site. On a des aides des anciens du Supersonic, nos voisins de Make Sense qui est un espace de co-working nous ouvre ses portes pour y mettre le merch et la billetterie. On a essayé de s’approcher de l’Opéra pour avoir accès à la petite salle mais ce n’est pas dans notre gamme de prix… (rires)
Hormis Chest, est-ce que le Supersonic a fait d’autres groupes ?
Quentin est dans Pop Crimes avec l’ancien chargé de prod, Romain. Des barmans jouent dans des groupes et on a aussi des groupes qui se forment ici puisque les gens qui viennent ici ont des passions communes. On a même un Discord pour que les gens trouvent des membres de groupes, du matériel et parfois des spots pour le tribute. Ca s’est fait au départ parce qu’il y avait des mots dans le sas d’entrée. On nous a demandé aussi de faire un Spotted, pour retrouver les gens sur lesquels tu pouvais avoir flasher en soirée mais on n’y est pas encore. On ne créé pas seulement des groupes mais aussi des couples. Plus de couples que de groupes même ! (rires)
Vous avez fait un livre pour marquer les 10 ans.
Cé : Ca nous a pris énormément de temps de faire une sélection de photos, de recenser les différents événements. Notamment les 3 jours au Garage de la Cité de la Mode, les tops des concerts par année, le Hors les Murs au Trabendo. On a eu aussi beaucoup de messages de remerciements des groupes qui sont trop mignons.
Pour info : le livre est dispo au club ou vendu en ligne pour la somme modique de 20 € !
Pour la suite, vous avez encore des projets à venir ?
À partir de mars, on va mettre en place une nouvelle soirée à thème à partir de 23h : In The Modern World. Qui reprendra toutes les musiques rock depuis 2015 : Fontaines D.C, IDLES, Turnstile, etc. On n’a pas encore évoqué le festival Restons Sérieux du 7 au 9 juillet qui présente une programmation francophone en dehors des sentiers battus.
Et vos plus beaux souvenirs ?
Cé : Le ‘Hors les Murs’ du Trabendo suite au premier confinement, ça nous a fait un bien fou.
Q : You Said Strange qui joue 20 minutes là-bas et qui est obligé de s’arrêter car ils dérangent le Ciné en plein air de la Villette. L’anniversaire avec Crows était énorme également.
C : Willie, qui nous revient pour les 10 ans. Surfbort.
Cé : Le premier concert de Wet Leg en France, où tout le public connaissait déjà les paroles de Chaise Longue alors qu’elle n’avait pas encore quitté l’Angleterre. Ou quand on est rentrés de Rock en Seine avec des bus RATP pour rameuter des gens de la soirée où IDLES jouait là-bas à l’after-show en DJ set ici.




