A part un public canari bien vite conquis et quelques acteurs de la scène hexagonale ayant apprécié un premier album sympathique quoique montrant rapidement ses limites, personne ne s’attendait à ce que Justin(e) frappe aussi fort dès son second album. Les 15 bombes qu’il recèle s’enchainent comme des perles, avec une énergie à faire pogoter un paralytique et une intensité qui ne faiblit jamais. Le quatuor a su éviter l’écueil de l’album répétitif grâce à une grande maîtrise des breaks, des choeurs haranguant l’auditeur, des refrains accrocheurs, et en élargissant son panel d’influence: punk rock mélo (‘Infaillible‘, ‘Accident n°7‘), hymnes punk à la Rancid (‘Vie de merde‘, ‘Affreux, sales et méchants‘), skatepunk rappelant les meilleurs titres des Uncommonfrommars (‘Des ciseaux et une photocopieuse‘), brulots hardcore (‘Circulez‘, ‘Le dernier homme‘) et même rock’n roll (‘Chez Vuoi?‘).

Tant de diversité aurait pu faire que l’ensemble ressemble à une vulgaire compilation, mais il n’en est rien. Le chant rauque, incisif et provocateur est le liant indéniable de cet album. Alex est prolixe et possède un phrasé à la richesse rythmique impressionnante. Si le groupe peut s’enorgueillir d’avoir un excellent chanteur dans ses rangs, la réelle force de Justin(e) est la façon dont il aborde les thèmes classiques du punk. Plutôt que d’affirmer comme tant d’autres que ‘les riches sont des salauds‘ et que ‘la société de consommation c’est pas cool‘, les Nantais ont choisi le contre-pied en montrant la logique implacable de l’individualisme (‘Infaillible‘), le sado-masochisme consentant dont nous faisons au final tous preuve (‘128,30 milliards de pervers‘), ou encore la place de la morale (‘De l’indirect et des mots d’ordre‘), voire le coté inéluctable de l’inégalité.
Comme tout les excellents albums de punk, ‘Accident n°7‘ n’oublie pas qu’il n’est jamais bon de trop se prendre au sérieux. Ainsi, outre les morceaux basés sur des trips bien fendards (‘Hors Sujet‘ et ‘Jean-Claude Suaudeau‘ où l’on retrouve entre autres l’incorrigible Fetus d’Ultra Vomit), Justin(e) distille çà et là quelques références incongrues, comme ces clins d’oeils footballistiques ou ce bref détournement de BB Brunes qu’Enhancer ne sera jamais capable de déceler.

On n’oubliera pas de saluer la très bonne qualité du son de l’album, qui tranche avec cette tradition ancestrale débile comme quoi les bons albums de punk devraient être forcément enregistré avec l’équivalent d’un dictaphone. Sans crier au génie pur, on peut affirmer avec force et conviction que ‘Accident n°7‘ est sans conteste le meilleur album de punk hexagonal sorti depuis ‘Il faut repeindre le monde en noir‘. Justin(e) se place clairement comme un groupe qui pourrait bien rapidement devenir incontournable.