L’ancienne section rythmique d’Eths qui excelle dans le rock diablement funky ? Y’a cinq ans, quand je les voyais maltraiter frénétiquement leurs instruments respectifs, je ne l’aurais jamais parié. Et puis j’étais trop occupé à scruter la brunette hurleuse — bon, ça va, j’avais quinze piges. Bref. Tu prends l’ex-section rythmique d’Eths (a.k.a. Roswell et Guillaume Dupré), donc. Tu prends Kal, chanteur camaléon à dreads des niçois de Sikh. Tu prends un guitariste de poche, ex-Staighten Things Out, répondant au doux nom d’Ayoun. Tu prends une bonne dose d’amour pour le son groovy de la fin des 80’s et des 90’s (Red Hot Chili Peppers old school, Suicidal Tendencies, Infectious Grooves, 311, Fishbone, Snot, Living Colour…). Tu prends le soleil provençal. Tu mélanges tout ça, et tu obtiens ce premier effort studio de Really Addictive Sound.

Old school des influences à l’artwork du disque, les mecs de R.A.S. ne jouent pas seulement la carte de la nostalgie. Ils donnent un coup de jeune fougueux et inespéré au style, proposant un contenu ultra-chaleureux, mais ne sentant jamais le réchauffé (super formule, tiens). A grands coups d’accords majeurs et de paroles éthyliques, le combo marseillo-niçois file la bougeotte à l’auditeur avec un son absent de l’Hexagone depuis les regrettés FFF. Si la majeure partie du disque navigue dans un jacuzzi funk rock vitaminé et incroyablement efficace (l’anti-Isabelle AlonsoFemales‘, la motorisée ‘S.U.V.‘, ou le titre le plus abouti du disque, ‘Sticky 116 (Mama was a Rolling Stone)‘), le quator s’autorise quelques escapades hors-pistes, qu’elle soient punk (‘Screaming Rabbit Song‘), Incubus-iennement calme (‘Everybody Loves Me‘), mais aussi enfumée (l’instrumentale ‘We’re On Drugs‘ -bien nommée et judicieusement agrémenté d’un synthé- démontrant que, malgré la sècheresse, l’herbe est toujours plus verte en Provence).

Niveau technique, on se régale. Ayoun est un véritable mini-Hillel Slovak (le prédécesseur enfariné de John Frusciante chez tu-sais-qui), la vie en plus et la touffe en moins, capable d’enchaîner à merveille notes funky et riffs jumpants. Roswellito passe ses lignes groovy et ses slaps de la même manière que Tony Hawk tape un ollie, et son homologue cogneur montre qu’il est bien plus qu’un simple batteur metal. Enfin, Kal confirme ses progrès au chant, déjà entrevus dans le massif ‘One More Piece‘ de Sikh.

Ce premier album de Really Addictive Sound est une sucrerie hallucinogène qui te fait porter un short à fleur en hiver et qui transforme le ficus de ton bureau en palmier californien. Qu’est-ce que t’attends, bois un mojito et plonge dans ton point d’eau extérieur le plus proche (non, pas la station d’épuration) !