Bien que s’inscrivant dans la lignée des groupes affiliés post-hardcore à la française, l’Homme Puma se démarque grâce à une approche différentes de ses comparses. En effet, les parisiens composent leurs titres comme s’ils faisaient partie d’une bande originale. Cette impression est renforcée par les extraits de dialogues de films emblématiques placés ça et là à la manière d’un Wax Taylor. D’ailleurs, l’écoute de cet album ‘On remplace les yeux cassés‘ peut rapidement tourner en joute entre movie geeks pour reconnaître les films d’où proviennent ces répliques. (A titre personnel, j’ai reconnu entre autres Bienvenue à Gattaca. Si vous en avez trouvé, faîtes-moi signe)

L’Homme Puma sait écrire des titres fins et racés avec l’émotion comme ligne directrice, sans se départir d’un certain lyrisme. Ainsi, les morceaux les plus calmes séduisent par leur justesse et par la sérénité qu’ils dégagent, malgré la profonde mélancholie qui semble en émaner (‘Velours et pourpre‘, ‘Ussel Van Osselt‘, ‘Plaisir d’offrir‘ avec ses sons de xylophone, ou encore ‘La marche de Mina‘, sorte de valse déshumanisée aux touches electro subtiles ouvrant l’album). A contrario, les pistes volontairement rugueuses n’émeuvent guère; ‘Toy Division‘ par exemple semble plus à même d’illustrer un film d’action mononeuronal avec Steven Seagal.

De façon générale, les autres titres naviguent sans cesse entre ces deux eaux, avec plus ou moins de réussite. L’amalgame se fait particulièrement bien sur ‘Catherine Deneuve‘ avec sa construction en montagne russe maitrisée, mariant riffs impétueux, sonate nuptiale et rythmiques solennelles. ‘Wronski‘ offre quant à lui un final haletant, passant de la comtemplation au feu d’artifice en une remarque montée d’adrénaline, non sans réserver quelques rebondissements. D’un autre coté, ‘Surtout dans les coins‘ et ‘On remplace avec les yeux cassés‘ frustrent par la juxtaposition de guitares saturées sans âmes avec des accalmies délicates qui auraient peut-être mérité mieux.

On remplace les yeux cassés‘ est un album plutôt agréable, facilement accessible même aux allergiques au post-hardcore / noise, notamment grâce à l’absence de hurlement (et tout simplement de chant). Malgré 3-4 titres fades et des thèmes un peu répétitifs, l’Homme Puma se permet le luxe de nous faire évader l’espace de quelques titres qui régalera les cinéphiles amateurs de bon son.