Des fois notre rapport à la musique peut être d’une simplicté déconcertante, il faut dire que l’on avait un peu perdu cette habitude à l’ère d’internet et de ses très très très très très très nombreux groupes qui se multiplient un peu plus chaque jour, alors oui, parfois il peut suffire qu’un ami vous dise « tiens faut vraiment que t’écoutes ça » pour vous y pousser là où vous auriez d’habitude rechigné devant le nombre de sollicitations ! Merci donc Patrick de m’avoir fait découvrir Mongrel car Mongrel, c’est qui au juste ? Juste un autre supergroupe (dixit la presse anglaise) que l’on avait à peine abordé jusque là sur VisualMusic et pourtant, on y retrouve tout de même du Arctic Monkeys (Andy Nicholson et Matt Helders), du Reverend & the Makers (Jon McClure), du Babyshambles (Drew McDonnell) et du rappeur londonien (Lowkey, d’origine irakienne). Forcément, ça titille de curiosité l’oreille tout ce beau monde.

Á la vue du line up hétéroclite et de sa pochette « patchwork », on ne pouvait que s’attendre à un album donnant dans le mélange des genres. ‘Better Than Heavy‘ va donc passer du registre hip hop au rock anglais avec une aisance déconcertante, le tout étant toujours servi par une multitude de beats bien sentis tout au long des 39 courtes minutes qui nous attendent. Prenons par exemple le titre d’ouverture ‘Barcode‘ avec ses sonorités clairement héritées des Arctic Monkeys et confrontez-les directement à un flow d’une chanteuse hip hop survoltée, teintez le tout d’une prod’ léchée et ajoutez, juste pour le fun, un invité de marque en la personne de Saul Williams et vous obtiendrez un parfait exemple ce que Mongrel fait de mieux, un mélange des genres pavoisant bien au-delà des barrières de registres musicaux.
Malgré tout, c’est assez rapidement que le super groupe va évoquer une autre formation pratiquant, elle aussi, le mélange des genres et ce, en raison de certaines sonorités « bâtardes » (‘mongrel‘ en anglais), j’ai nommé Gorillaz ! Il faut dire que l’on se ferait presque tromper sur certains titres en raison des rapprochements instrumentaux et parfois vocaux (‘Lies‘ et ‘Julian‘ notamment sur lesquels on croirait entendre le groupe de Damon Albarn), reste néanmoins chez Mongrel, une attitude plus rageuse, moins joueuse, plus tendue. Un résultat très certainement inévitable d’un groupe lorgnant par moment du côté du hip hop dans son aspect le plus abrupt (‘Act like Them‘ avec lequel j’ai d’ailleurs un peu de mal tant le style rap y est franchement assumé) même si dans ce domaine, certains titres semblent moins marqués, sans pour autant manquer de vigueur (‘Hit From The Morning Sun‘).
Mais ce n’est pas tout, le combo n’hésite pas à flirter avec les rythmes dub comme sur l’instru ‘Better Than Heavy‘ ou encore, et dans une moindre mesure, sur ‘The Menace‘ au refrain accrocheur, tranquille certes mais suffisamment incisif pour interpeler. On aura aussi le plaisir de découvrir des titres plus trip hop (‘Julian‘) là où d’autres morceaux font preuve d’un groove imparable (‘Better Them Than Us‘ et ‘Alphabet Assassins‘). Á regretter peut-être, un titre de fin assez anecdotique (‘All Your Ever Afters‘), puisque même ces durs de bâtards n’ont pas résisté à l’enregistrement d’un titre proche de la ballade (pour ne pas dire bateau), à croire que les contrats chez les labels stipulent expressément ce genre de titre de clôture un peu ennuyeux. Bof, c’est bien dommage puisqu’on écoutera pas Mongrel pour s’endormir mais bien se faire secouer de bout en bout.

Alors oui, il faut savoir que le groupe est aussi très engagé dans ses paroles, quitte à enfoncer certaines portes aussi ouvertes qu’une Loana plongée dans une piscine de loft mais très honnêtement, on ne peut pas blâmer le groupe de jouer les Jean Edouard à un moment où les autres formations ont tendance à se dépolitiser ! Et puis, magie des langues, en tant que français, il nous sera assez aisé de faire abstraction des paroles pour ne nous concentrer que sur la musicalité de l’album qui, elle, est une réussite incontestable. Mongrel étant très clairement l’une des très bonnes surprises de cette première moitié d’année musicale.

Malheureusement, ni Jiwa (notre fournisseur officiel de son), ni Deezer n’ont dans leur bibliothèque le groupe. Il vous faudra donc vous rendre sur le Myspace du collectif pour profiter de ce bon son.