Votre mot de passe vous sera envoyé.

Aussi ambigü que le titre de son 3ème LP ‘Héros Assassin‘, The Arrs nous revient avec cette détermination hardcore à foncer à fond les ballons droit dans le mur du son, bien prêt à le défoncer d’une puissance toute métallique. L’attitude est on ne peut plus louable d’autant que cette énergie délivrée en live en tout bonnement imparable, pourtant sur album, et ce ‘Héros Assassin‘ ne fait pas vraiment exception à la règle, on atteint une certaine lassitude : la faute à une musique trop dense, des rythmiques un peu monocordes et répétitives sur le long terme. Ceci dit on sent bien nos Frenchies sur le sentier de quelque chose qui pourrait les amener un avenir plus grand. En effet, le groupe expérimente ça et là de nouveaux éléments : le 1er qui vous sautera aux tympans si vous connaissez un tant soit peu le combo, c’est l’utilisation du chant clair. Exclusivement délivré en anglais (chose relativement novatrice pour le groupe), l’expérience est assez probante même si tout n’est pas parfait, cela apporte le relief qui fait un peu défaut au groupe, particulièrement en milieu d’album. Car après la décharge brutale et plaisante du début, un ventre mou central s’installe. Dieu merci, il cède la place à 3 titres en fin pour lesquels les ambiances ont été très bien travaillées et qui augurent du très bon s’ils sont révélateurs de l’avenir du quintet.
Mais reprenons le déroulé de l’opus, tout commence bien calmement avec un titre d’intro ‘L’empire, la femme, la mort‘ interprété par une section à cordes qui pose une ambiance sereine et intrigante à la fois avant que ‘Cannibale‘ ne vienne réveiller tout ça. Le morceau déboule sur les chapeaux de roues, il se dégage une bonne vibe, certes agressive, mais le morceau balance bien. Il inaugure également les clean vocals qui rendent plutôt pas mal, un passage chaotique bien senti et nous voilà reparti vers ‘Nihil est homine in‘. L’intro martelle le rythme qui s’emballe, le refrain est accrocheur, le break donne envie de se bouger et la gestion du mini silence précédant la voix seule qui amorce l’outro est fort bien fichue. Mais vous allez me dire, on est à la fête et je dois bien abonder dans votre sens puisqu’arrive ensuite le titre éponyme ‘Héros assassin‘ dont l’intro sur des pleurs déchirés féminins me fout à chaque mal à l’aise. Le titre en lui-même est bien péchu comme il faut, tantôt rentre dedans comme un moteur à 2 temps, tantôt catchy et groovy, les variations de l’un à l’autre sont en plus bien amenées. Le chant clair assez court met bien le reste en relief. Le thème ici (et fil conducteur de l’album) repose sur la dualité d’actes ou des personnes considérés comme héroïques pour certains mais pouvant se révéler comme de purs barbares selon que vous trouvez du mauvais côté du fusil.
Malheureusement donc, la suite se gâche un peu. Sur ‘Sacrifice‘ et ‘Sombre univers‘ (je ne vous parle même pas de l’interlude ‘Martyres‘ bien mois intéressant que le titre d’intro), on commence à s’ennuyer. Les clean vocals sont trop longs et un poil putassier, ils n’apportent pas grand chose aux titres sauf peut-être une impression de déjà entendu Outre-Atlantique. ‘Vengeance‘ et ‘L’empire‘ continuent de lasser, on est toujours pied au plancher, certains moments sont certes plaisants mais rien de bien galvanisant tant aux niveaux des riffs que du rythme. Le niveau se relève avec ce ‘Seul contre tous‘, scandé en début de morceau, vraiment entrainant et entêtant. Le rythme est headbangable à souhait et les idées à la gratte, bien loin d’être démonstrative, sont bien trouvées. C’est d’ailleurs réellement dans l’intro de ‘Le ciel des uns est l’enfer des autres‘ que les dites grattes se font remarquer : une mélodie simpliste mais tout bonnement envoutante, à l’instar des incantations ‘hawoha’ qui ont ce je-ne-sais-quoi de mystique. Le reste du morceau est taillé dans le béton armé avec de petits relents death mais sait aussi ralentir le rythme pour insuffler du relief. Au final le jonglage entre les différentes ambiances est bien réussi et c’est bien là où j’attendrai le groupe à l’avenir. ‘Ma miséricorde‘ vient confirmer cette sensation : le morceau est rentre dedans au possible mais l’ajout chirurgical de chant clair donne clairement une autre dimension au morceau, lui apportant un brin de mélancolie entretenu par les grattes et la batterie avant de replonger dans la folie finale lourde, pesante, écrasante et le retour du chant clair qui se fond parfaitement au tout.
C’est donc sur une impression très positive que ce conclut ce ‘Héros Assassin‘, malgré les écueils que The Arrs n’a pas tout à fait évités (cette monotonie qui s’installe sur un gros milieu d’album). Ce ne sera pas encore l’album de la maturité, à la rigueur ils en sont arrivés à l’adulescence, on sent bien que les choses progressent, ça donne envie pour la suite et ça promet d’ores et déjà pour le live.