Pour eux, 7-1, ça fait 7, et c’est tant mieux. Faut dire qu’avec la disparition tragique de Fredy K, j’avais un peu peur que Le Klub des 7 ne donne pas suite à son bordélico-sympathique album éponyme. Mais à l’heure où, eh oui eh oui, l’école est finie, Gérard Baste (Svinkels), James Delleck, Le Jouage, Cyanure, Detect et l’éminant Fuzati (Klub des Loosers) nous font faire un tour dans ‘La Classe de Musique‘, sorte de dernière étape avant le passage définitif dans le monde adulte, entre nostalgie imbibée d’alcool, turbulence angélique et über-insolence.

Au programme de cette leçon de subtil hip-hop : ambiances 60’s, boucles jazzy & groovy, grosses rythmiques et rhétorique bien ficelée. Les sept camarades –Fredy K a enregistré quelques couplets avant de nous laisser- foutent un gentil bordel dans ton ghetto-blaster, collectivement (la teigneuse ‘Il vous reste une minute‘, ‘Pouilleux massacreur‘) ou en exercice solo, domaine où James Delleck surprend agréablement (l’épileptique ‘Ana Emoi‘, initialement absente de la tracklist, où le bonhomme rêve d’être ‘le valet de [la] silicone‘ d’une playmate couchée sur papier glacé ; l’effrontée ‘Non Monsieur‘). Cyanure est toujours aussi speed et Le Jouage chaleureux, alors que Gégé Baste est encore plus en forme que sur le dernier Svinkels, livrant un véritable festival à chaque prise de parole (‘Le jeu des 7 différences‘, ‘C’est le Klub des 7‘, ‘Quand je serai grand‘…) — par contre, il a perdu sa moustache, chez VisualMusic, on désapprouve. Les interventions musclés de Fredy K régalent et deviennent presque émouvantes (‘Laisse-moi m’en aller la cour m’a trop vu grandir, l’habit ne fait pas le moine, mes notes m’ont appris à mentir‘ in ‘Il vous reste une minute‘). Un skeud de la sorte est surtout louable pour ses performances verbales, mais ce bon vieux Detect, qui commence à avoir des cheveux blancs, pose des scratchs délicieusement old-schools sur ce putain de morceau pop qu’est ‘On aura tout vu‘, aux divines mélopées féminines ; la véritable perle du disque. Quant à Fuzati, le chef d’orchestre du projet, il est plus en retrait que sur le premier album du collectif, et parait moins virulent que par le passé (même si la turbo-nostalgique ‘Quand je serai grand‘ remplit son quota d’acidité). Et niveau instrumentations, ça tape souvent -et adroitement- dans le majeur… L’homme malade du rap français serait-il enfin guéri ? Le délire sixties donne parfois l’impression de tourner en rond, mais l’humoriste Jonathan Lambert envoie chier ces considérations, tout au long du disque, avec son rôle de vieille professeur périmée et peu raffinée. Comme si le disque n’offrait pas assez de satisfactions (sans parler de l’artwork, succulente suite logique du premier album) !

Avec ‘La Classe de Musique‘, Le Klub des 7 est reçu haut la main à l’examen du second album, beaucoup plus cohérent que son premier effort studio. ‘Du hip-hop de bac à sable pour t’en mettre plein les yeux‘, entre rires et nostalgie, entre samples exquis et flows polissons. Une petite pépite musicale qui se positionne parmi les meilleurs sorties de l’année ; à mettre dans les oreilles de tous les auditeurs, ou presque.