La musique de Jack White a toujours porté en elle des germes d’une sourde mélancolie plus ou moins explicite (‘Hotel Yorba‘ vs ‘Little Cream Soda‘) mais sur son nouveau projet The Dead Weather, le plus sérieux concurrent de Julien Doré niveau brushing laisse libre cours à l’aspect le plus sombre de sa psyché. Si les White Stripes sont le concept et les Raconteurs le classic rock, au niveau de l’histoire The Dead Weather lorgnerait plus vers l’aspect Aleister Crowley. Pensez Led Zeppelin dans un de leurs trips blues vaudou avec une figure de proue en forme de sorcière (‘60 Feet tall‘). En effet, Jack White est dans une relative ombre (batterie et seconde voix mixées très en avant quand même… faut pas oublier qui est le boss) derrière la furie Alison Moshart qui a troqué son chant sensuel de The Kills pour une incantation maléfique et un chant saccadé rappelant le type de The White Stripes. Avec l’excellent Jack Lawrence à la basse fuzz (‘No hassle night‘) et un employé de Josh Homme à la gratte, The Dead Weather défouraille pas mal (pour reprendre l’exemple plus haut, plus ‘Little cream soda‘ que ‘Hotel Yorba‘) et fait un bon boucan cathartique. Les structures sont très alambiquées, on danse autour du feu avant d’être pris de convulsions (‘Treat me like your mother‘), on joue à qui craquera le premier entre Moshart et White (‘Hang you from the heaven‘) et The Dead Weather se fend même d’un instrumental à mi-chemin entre la blague et l’enterrement. Oui mais ‘Horehound‘, au fil des écoutes, montre rapidement ses limites. Déroute à la défloraison, enchante par la suite, mais fait bander un peu mou au final parce que pour un projet supervisé par Jack White (qui n’a pas tout écrit), ça manque quand même pas mal de chansons. Au mieux une longue jam. ‘Icky Thump‘ montrait un songwriting méchant qui plongeait dans l’excès de muscle, ‘Consolers of the lonely‘ bénéficiait de la contrepartie de Brendan Benson, mais ici, on tourne au final un peu dans le vide. Le disque est très cool mais ne dépasse pas vraiment ce stade. On imagine aisément la délivrance et l’afflux de joie énorme que ce groupe doit fournir en live mais sur disque, quelque chose cloche, on ne s’attache pas à ces chansons là, comme si même en jouant le bad boy, Jack White n’arrivait pas à sortir de son aspect bon élève discipliné et ce malgré Alison Moshart qui donne littéralement tout ce qu’elle a et ne fait rien pour rendre les choses plus attrayantes, elle est d’ailleurs à l’origine de la meilleure du lot…
Bon disque mais bon disque frustrant.
The Dead Weather – Horehound
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