Emilie Simon est typiquement le genre de fille que les filles plus ordinaires doivent détester. Elle est belle, douée, semble réussir à peu près tout ce qu’elle fait, n’a rien d’une pétasse mais avec son air de ne pas y toucher elle parvient à affoler les mecs, elle est même mieux en vrai qu’en photo, elle est sympathique et disponible, ses textes touchent même le plus endurci des cyniques… Bref les filles voudraient lui ressembler, les mecs voudraient qu’elle écrive une chanson pour eux. Une petite perfection qui peut aussi agacer, on le convient parce que sa musique est à peu près aussi subversive qu’un film de Sofia Coppola.

Pour son troisième vrai album studio (on exclut live, best of et BO), Emilie a ressenti le besoin de changer d’air et s’est installée à New-York. Logiquement, ‘The Big Machine‘ s’en retrouve affecté. La brune trentenaire a changé sa manière de travailler, de composer en partant du piano plus que de ses habituelles machines. Le résultat est un disque assez déroutant à la première écoute tant ‘The Big Machine‘ est diamétralement opposé aux confessions nocturnes des deux premiers albums. Entièrement en anglais, dommage pour quelqu’un qui écrit de si jolis textes en français, l’album marque par son énergie qui offre un côté presque rouleau compresseur en comparaison de la petite chose fragile qu’était ‘Végétal‘. Le chant a lui aussi subi une mutation : la voix de souris qui rougit et baisse les yeux a laissé place à une démonstration d’envolées vocales souvent impressionnantes, parfois un peu irritantes (« Nothing to do with you » un peu trop Kate Bush quand même…). C’est à ce niveau là que ‘The Big Machine‘ va probablement laisser pas mal de fans sur la route tant il semble difficile de prime abord de retrouver l’univers si particulier de la chanteuse dans ce disque, coincé entre Kate Bush et Depeche Mode. Attention, Emilie Simon n’est pas devenue une castaphiore pour autant, mais le fan de chansons toute en retenue comme ‘Alicia‘ ou ‘Désert‘ risque d’halluciner. Les chansons sont toujours bonnes, ‘Dreamland‘, ‘Rainbow‘ ou l’excellent ‘The Ballad of the big machine‘ mais leurs arrangements ambitieux et les prouesses vocales ont clairement un côté quitte ou double et pour être tout à fait franc, jusqu’ici on a plus quitté que doublé.

The Big Machine‘ sonne comme un nouveau départ pour Emilie Simon mais qui va probablement faire des nostalgiques tant l’ambiance des disques précédents est ici mise de côté au profit de l’énergie. Ce disque ne réinstaure pas le rapport quasi amoureux avec l’auditeur. Le disque porte bien son nom, une grosse machine où la qualité des compositions n’est pas à mettre en question mais il ne sera pas interdit de revenir plus souvent sur les précédents.