Dizzee Rascal n’est plus le roi du grime. L’ex-petit prodige londonien s’est tiré de son trone pour aller claquer des culs de biatches dans des soirées champagne-piscine bien fréquentées, en compagnie de mecs comme Calvin Harris et Armand Van Helden. Un truc très peu underground, en somme. Pour lui succéder, l’un de ses anciens camarades du Roll Deep Crew aurait pu faire l’affaire (Wiley ?), mais tous ces gonzes doivent être trop occupés à grinder de la verte — et à se branler en pensant aux meufs du clip de ‘Holiday‘ de Dizzee. En fait, le nouveau patron du grime ne vient même pas du Royaume-Uni, berceau de ce crossover musical hargneux et poisseux. Non, il est originaire de Cape Town, AfSud. Son nom : Ben Sharpa. ‘Une figure incontournable du hip-hop indé sud-africain’, selon le dossier de presse envoyé par Jarring Effects. Un quasi-vétéran d’une trentaine d’années qui passerait presque pour le grand frère de tous les branleurs britons cités précédemment. Après un EP remarqué et une brouette de titres sur diverses compils en dix ans d’activité, le bonhomme sort enfin son premier album, intitulé ‘B. Sharpa‘. Certes, on a fait plus original. Mais l’univers de Ben Sharpa exclut toute fioriture, toute trivialité. Durant la petite heure de son qu’il nous propose, la déconne est rare. D’un autre côté, quelques titres de morceaux dressent le décor.

Niveau son, c’est direct. Un flow incisif, vindicatif, sur des instrus digitales tantôt grasses et minimalistes (‘Call’ it quits (We’re here)‘, ‘Off the Rails‘), tantôt mystiques (l’envoutante ‘Check the Evidence‘, ‘Statement‘), sans oublier un petit crochet par le hip-hop aux relents US (piano et cordes de compétition sur ‘Why‘). Les basses, remuantes, squattent les boomers ; les accents grime bombent le torse ; les compositions tutoient souvent la musique industrielle et avec l’ajout de quelques vrillements sonores, on ne serait pas loin du dubstep. Proximité toujours, en admettant une once de similarité avec le grand, le très grand Roots Manuva. Dans ce torrent de basses fréquences et de front-kicks vocaux, portraits des ghettos sud-africains, on retiendra surtout ‘Avand Garde (Front Line)‘ : beat martial, basse belliqueuse et dansante, backvoices ivres et refrain à faire pâlir n’importe quelle machine à tubes rap. Comme dirait l’autre, ‘rien n’arrête un peuple qui danse‘. Ce même peuple n’hésitera pas à approuver l’accession de Ben Sharpa au plus haut poste de la hiérarchie grime. En espérant qu’il n’attende pas dix piges pour sortir un autre skeud.