C’est l’histoire d’un groupe de rock nommé Naked, tout ce qu’il y a plus conventionnel, qui soudainement en a marre de ne jouer que des sempiternels couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain. Plutôt que de se laisser dépérir ou de faire comme si de rien n’était jusqu’à fatalement atteindre le point de rupture, ce trio s’est dit qu’il avait l’opportunité de changer de formule, histoire de se renouveler et de relancer quelque peu la machine. Il est vrai que jusqu’ici, le groupe s’était plus fait remarquer par son nom invitant au naturisme que par sa musique. Après quelques expérimentations diverses, la recette se stabilise: ce sera deux guitares et une batterie; exit le chant, et exit la basse.

Les premières tentatives sont chaotiques. Le groupe étire jusqu’à l’ecoeurement des riffs tout plats et tombe dans le travers des gratteux trop habitués à jouer derrière un chanteur. Composer des titres rock instrumentaux, ça ne s’improvise pas. Naked muscle donc son jeu, et part sur le principe de rester sur les structures mélodiques simples et de les agrémenter de variations, d’accélérations, de crescendos et de breaks nerveux, sans forcer sur les solos et autres performances héroïques.

Bonne pioche. N’ayant plus à se soucier des contraintes techniques, le trio se libère totalement et joue son rock sans complexe, tantôt profond et mélancolique, tantôt puissant et décidé. L’absence de voix s’oublie totalement, Naked a l’impression de renaître. Ou plutôt de se révéler à dans l’esprit de ses membres – un peu à l’image d’Aussitôt Mort, ces mecs de Caen qui ont du faire face au départ brutal de leur chanteur.

Satisfaits de leurs morceaux, le groupe décide de les enregistrer en studio. Ils n’ont pas beaucoup de thunes, mais ils arrivent à dégotter un bon plan. La session studio se passe bien. Ils savent pertinemment que le son ne rendra pas justice à leur compos, mais vaut mieux laisser une trace tant que c’est chaud. Une fois obtenu les précieuses copies de l’album (qui sera éponyme) le groupe contacte différents webzine susceptibles d’être intéressé par leur musique.

Sur un site tout rouge, un chroniqueur reçoit le disque, l’écoute et l’apprécie. Il se demande comment il va bien pouvoir parler de ce disque atypique et étonnamment excitant.