Pourquoi Jack White agace-t-il beaucoup de monde aujourd’hui alors qu’il y a encore quelques années il était le futur très grand du rock ? Simple réponse : son plus gros succès, aussi bien artistique que commercial, les White Stripes est un projet qui se définissait par ses limites : peu d’instruments, peu de couleurs, peu de musiciens. Aujourd’hui Jack White a tendance à pécher par l’excès. Trop de disques, trop de groupes semblent avoir cramé les idées géniales du natif de Detroit car si l’on doit retenir une seule chose de ce Dvd/Cd live, c’est que c’est avec sa grande soeur Meg que Jack White parvient à tirer le meilleur de sa substance. Ce disque ressemble à s’y méprendre à un testament. Une époque est révolue, White a porté les White Stripes du bout des bras dix ans durant et vogue maintenant vers d’autres horizons, l’innocence, ce thème si cher aux bandes blanches, s’est évaporée et de même qu’il n’est pas interdit de n’aimer que le Elvis période Sun Records, on ne blâmera personne pour n’aimer que le Jack White période White Stripes.

Capté lors de leur tournée canadienne, ‘Under great white northern lights‘ vaut, une fois n’est pas coutume, autant voire plus pour son Dvd que son Cd. Débutons par ce dernier. Son idéalement crade, performance hallucinée, le Cd fait peu ou prou office de best-of sans tous les tubes (manquent à l’appel ‘Hotel Yorba‘ et ‘The Hardest button to button‘ entre autres) qui dès les premières notes enragées de ‘Let’s shake hand‘ emporte tout sur son passage : s’il y a un bien eu un groupe rock n’roll ces dernières années, c’était celui-là. Impossible de ne pas succomber aux attaques méchantes de l’excellent ‘Icky Thump‘, à la voix de Jack qui part toutes les trois secondes en vrille, à l’Orson Welles-ien ‘The Union Forever‘ (le grand moment du disque), à l’impression en entendant Meg que toi aussi tu pourrais être batteur des White Stripes, à la redécouverte de ‘Blue Orchid‘, la chanson que les seven nation armistes avaient détesté avec passion, une relecture en demi teinte de ‘Fell in love with a girl’pour finir avec le désormais tube pour gens à casquette/joggings ‘Seven Nation Army‘. S’il n’y avait que le Cd, ce serait déjà beau mais il y a aussi le Dvd (il y a même d’abord le Dvd qui semble être le centre du projet, le Cd n’en étant que la BO).

Filmé dans un très beau noir et blanc, on suit les White Stripes dans leur tournée canadienne qui faisait escale dans toutes les provinces du pays Céline Dion. Si l’on n’échappe pas à quelques clichés de la vie en tournée et qu’on est aussi un peu déçu par la présence quelques performances lives faisant un peu office de remplissage (de la musique à regarder, toujours un concept), les réflexions de Jack White, non sous-titrées pour les anglophobes, sont toujours des moments très intéressants. Visiblement cultivé, spirituel et intelligent, il est ici montré comme une sorte d’artiste total, un type simple, bien, curieux des autres, mais vous me direz, à part Metallica qui a osé se montrer aussi con qu’il l’est ? Ce film ressemble au White Stripes : vaguement conceptuel, toujours intéressant, érudit, Meg en retrait, Jack en avant, se définissant par des limites qu’on sent en passe d’être franchies. En effet, l’impression qui sort du film est que le groupe est (momentanément ?) en bout de course, le cadre se fissure de partout, le duo a atteint les tréfonds de son concept (le One Note Concert où le groupe joue une note et basta) et les larmes de Meg lors de la très belle scène finale semblent en dire long.

Plus qu’on documentaire cheap visant à booster les ventes d’un live, nous avons ici un documentaire avec un très bon Cd live bonus des White Stripes qui a l’infime mérite de nous rappeler qu’il s’agit là d’un des groupes les plus intéressants de la décennie passée et pas un simple artifice de mode. A cet égard, les White Stripes seront toujours infiniment supérieurs à leur co-tête d’affiche du retour du rock, les Strokes. Toutefois une interrogation subsiste : le groupe existe-t-il encore ?