Les clichés qu’on adore ont la vie dure, ainsi 99,9% des écrits concernant ce ‘Volume Two‘ de She & Him vous parleront de disque printanier par excellence. Soleil, printemps, légèreté, petits oiseaux, gazouillis, en veux-tu, en voilà. Ici, plutôt que d’affubler à ce superbe disque un adjectif qu’on associe généralement au moins subtil des sandwichs, on a envie d’évoquer un disque tout simplement irrésistible. Parce que la qualité d’écriture de Zooey Deschanel sur ce deuxième disque frise souvent l’époustouflant, parce que la production de M. Ward est pleine de discrets tours de force mettant en avant le songwriting de l’actrice qu’on somme immédiatement de se consacrer uniquement à la musique. Parce qu’on en est à la 150ème écoute et qu’on s’émerveille toujours autant, ces moments rares où tout ce qui nous entoure n’a plus d’importance, seule ma musique compte et emporte tout.

Tout printanier qu’on voudrait qu’il soit, c’est pourtant une brise hivernale voire un vent sibérien qui ouvre ce ‘Volume Two‘, le majestueux « Thieves » et ses quatre accords, son crescendo final spectorien mettent de suite à genoux. Exit les trop nombreuses balades lap-steelé et les blues dépouillées du premier (même si les balades restent le point faible du disque), Zooey Deschanel s’attaque ici à ses modèles les Beach Boys, aux Zombies (disques favoris de la brune : ‘Pet Sounds‘ et ‘Odessey & Oracle‘), aux harmonies des Byrds sans jamais tomber dans l’hommage ou pire la parodie. Le ton plus pop s’impose avec le single « In the sun », « Don’t look back » et le malin « Lingering still », She & Him ressort des placards NRBQ et transcende « Ridin’ in my car » où M. Ward apporte une contrepartie souple à la précision du chant de Zooey Deschanel. La voix de cette dernière est un petit miracle qu’il faut souligner, ce sont ses petits riens (ce léger tremblement dans le refrain de ‘Lingering still‘, le ton mi rassurant mi résigné de l’incroyable « Sing ») qui lui donnent toute sa force, elle offre des harmonies à la fois si familières et si inattendues que ‘Volume Two‘ semble offrir une durée de vie infinie, les choeurs sont d’une finesse et d’une originalité rares, plus bang bang tchoo tchoo que lalala. Le joyau de la couronne est ‘Home‘, image fantasmée d’une Californie à la Pet Sounds mise en orbite par la production de M. Ward dont on ne dira jamais assez de bien, mais encore une fois l’écriture en deux parties de ce morceau laisse songeur : personne en ce moment n’écrit des chansons comme She & Him. Tout n’est évidemment pas parfait et tant mieux, la marge de progression est encore énorme mais les refrains, les couplets (‘I’m gonna make it better‘), les ponts, tout s’impose avec une facilité si déconcertante que ‘Volume Two‘ est le meilleur disque au sens classique du terme entendu depuis des lustres (depuis l’album de Girls en fait). M. Ward avait annoncé il y a un an que ‘Volume Two‘ serait « deux fois mieux que le premier », croisons les doigts pour qu’il annonce un troisième album trois fois mieux que celui-ci…