La littérature rock est un territoire sous-estimé. On n’imagine pas une seconde la foule de bouquins qui grouillent en bibliothèques, et pas qu’au rayon des biographies paresseuses ou des rétrospectives vite torchées. Les croisements larsen/science-fiction sont, dans le genre, ce qu’il y a de mieux. De ‘La Mort Peut Danser‘ (Jean-Marc Ligny) jusqu’au ‘Rock Machine‘ de Norman Spinrad, on est vernis niveau futurisme intelligent à guitares ou grands romans bâtis sur des oeuvres musicales. Et ‘Oméga Et Les Animaux Mécaniques‘, d’Alexandra Varrin, rentre dans la catégorie des clins d’oeils prononcés, voire des hommages littéraires fulgurants au rock. Marilyn Manson, bien sûr, et son Mechanical Animals (1998), sont les principaux intéressés ici.

‘Oméga…’ inspire au début la suspicion. Fanfic mal foutu autour du Révérend ? Profession de foi stéréotypée ? Le jeu médiatique de Manson n’aide pas toujours à distinguer le gothique pré-pubère décérébré (il y en a) de la vraie passionnée qui s’est saignée (je me fais honte avec des blagues pareilles) pour développer son propre monde en marge de l’Antichrist Superstar. Alexandra Varrin tombe dans la deuxième case, tant mieux.

‘Oméga…’, ce n’est pas qu’une fiction tapissée de références musicales et visuelles (parfois forcées) à Brian Warner. C’est aussi un bon petit bouquin d’anticipation avec des bases solides. On pioche dans ‘Equilibrium‘, ‘Ravage‘, ‘Bienvenue à Gattaca‘, et ‘1984‘…. L’ouvrage se lit d’une traite, un peu encombré par ces influences qui ne font pas d’‘Oméga…’ une grande révolution dans ce genre. Dystopie sociale, monde post-apocalyptique, révolution par l’art et les sentiments (menée par Manson incarné dans un leader en proie à ses contradictions) : c’est plutôt modeste, heureusement car la plume de l’auteure ne cherche jamais à péter plus haut qu’un cul androgyne.

Mais à défaut d’être un grand roman d’anticipation, ‘Oméga…’ est un grand roman d’émancipation. Bien affranchi du monde un peu assommant du Révérend, ce livre joue l’interprétation personnelle de l’image et des messages de Manson. Avec pour appui le texte des quinze chansons de ‘Mechanical Animals‘, la trame n’a jamais la gueule d’un plaidoyer lourdingue mal camouflé. C’est même une démonstration artistique incroyablement rassurante : comment créer quelque chose à soi, après avoir été guidé par un artiste envers qui la soumission intellectuelle est souvent facile.

C’est sans doute ce que notre Superstar souhaitait, mais maintenant on peut en être sûrs : il y a une vie après Manson.