Faces B‘, c’est exactement le type de graphic novel que j’attendais. Le sublime ‘Black Hole‘ de Charles Burns était déjà un uppercut visuel et narratif, très rock à mon sens. Là, ce sont des français qui en rajoutent une couche, avec ce bouquin basé sur l’histoire d’un groupe fictif (The Barons) et du parcours personnel, complètement déjanté, de ses membres après le split.

Sous des airs de clowns tristes, dans un dessin à la fois désabusé, mécanique et palpitant, ‘Faces B‘ ose tout dans le monde de la musique, sans jamais se prendre au sérieux. Du producteur de l’ombre qui invente le free zouk ou le rap gay, à l’ethnomusicologue dépressif qui trouve la transcendance dans un post-rock berbère, en passant par l’icône folk-rock qui met en scène sa mort pour vivre d’albums posthumes, tout le monde prend cher dans ce petit monde vaniteux, cupide et paumé. Les personnages sont tirés à l’extrême, tout comme les concepts, qu’on lit avec autant de poilade que d’intérêt musical, piqué au vif. L’univers de Jan Krsn et d’Etienne Menu tient de bout en bout, à tel point qu’on ne se pose même plus la question de savoir si tous ces fous furieux ont déjà existé. Ca semble être une évidence, sinon une prédiction.

Surtout drôle, et souvent très innovant, ‘Faces B‘ est moins brillant quand par exemple il part dans un trip de musiques ‘fonctionnelles’ où l’on enseigne les écritures saintes à grands coups de ‘Let It Bible‘… Malgré quelques tartes à la crème moins inspirées de ce cru, on se perd dans l’imaginaire sans bornes du bouquin, où quoiqu’il arrive, on rit, ou on tremble de voir l’avenir se dessiner. Et à tout prendre, entre le dark R’N’B et la techno d’hôpital, vous choisiriez quoi ?