Le saxophone dans le métal, c’est un peu comme Eduard Khil au Hellfest : on pressent que ça ne va pas coller. On se dit que certes, c’est joli à l’oreille, mais il y a comme un problème d’ambiance qui ne colle pas. Dans le jazz, le ska, le reggae et toutes autres joyeusetés ensoleillées, d’accord. C’est lumineux, chamarré et chatoyant, pas vraiment l’image noire et violente qui colle au métal (sans pousser la métaphore aussi loin que la bien aimée Christine). Alors quand on apprend qu’un groupe anglais s’amuse à jouer avec du saxo et sans voix, forcément on tend l’oreille.

Et ce qu’il y a à entendre est pour le moins étrange. Le saxophone y est méconnaissable, un son détruit, ruiné, magnifiquement sombre. Il se marrie parfaitement au reste des instruments, ajoutant une nouvelle couche originale au très classique trio guitare-basse-batterie. La fusion est parfois tellement poussée que distinguer les instruments devient difficile, véritable unisson dévastateur sur certains riffs. Ces riffs, de manière générale, sont très puissants et émergent du magma bruyant créé par l’ensemble des instruments sur chaque titre.

Mais que se passe-t-il du point de vue des titres justement : pas de chant, la voix se résumant à quelques beuglements lointains, et donc une structure pas évidente à approcher. Le découpage des titres est difficile à cerner et on préfèrera donc apprécier ‘Call Me Dragon‘ dans son intégralité, sans chercher à séparer les pistes. On obtient alors la bande son idéale d’un épisode de Sin City : atmosphère sombre, écrasante, un fouillis auditif d’où ne ressortent à l’occasion que quelques riffs. La tonalité générale de l’album est telle que l’on sait très bien que ça finira mal, mais on prend un malin plaisir à l’écouter de bout en bout, pour voir comment tout ça va mal finir. Heureusement, These Monsters propose un premier album d’une durée modeste, ce qui permet de ne pas se lasser des instrumentaux chaotiques.

Avec une formation qui sort de l’ordinaire, These Monsters crée donc une atmosphère joyeusement déguelasse. ‘Call Me Dragon‘ offre des sonorités assez inhabituelles, portées par des riffs puissants qui maintiennent une tension constante, et permettent d’éviter l’ennui. On s’en délecte avec plaisir, mais on se demande si le groupe arrivera à se renouveler dans son propre genre pour un prochain opus.

L’album est en écoute sur le site du groupe, et le titre principal, du même nom que l’album est disponible gratuitement et visible ici même.