Il y a une vingtaine d’années, Slint donnait une leçon de néfaste mélancolie à l’indie rock. Mélodies déstructurées, dissonances et chant à donner une boule au ventre, le groupe livrait là de quoi influencer légions d’artistes dans le mal-être pour des années…

En tant qu’admirateur de ses harmonies morbides, Let Our Enemies Beware cite directement les légendes à l’origine du mouvement post-rock (une bien belle [url=https://www.visual-music.org/chronique-1308.htm]histoire[url]) dans ses plus grandes influences, à côté de Nirvana et de la littérature hallucinée de Burroughs. Sur le papier, autant dire que ça donne, et surtout qu’il ne faut pas s’attendre à rêver de champs de fleurs ensoleillés pendant l’écoute.
Musicalement, Let Our Enemies Beware est le bâtard de Slint et Sonic Youth. ‘I Am Lono‘ laisse entendre l’héritage de ces deux-là avec son affreux riff torturé et dopé au post-hardcore. Même chose avec le bruyant, déstructuré et expéditif ‘Pow! Right In The Kisser‘. Quasi-instrumentale et d’une amère magnificence, ‘Personal Space Invaders‘ invoque l’esprit malsain rôdant dans le monument ‘Spiderland‘ et marque par sa lancinance. ‘Between The Sun And Us‘ reprend le même style plus violemment encore, de même qu”I’m Not Laughing I’m Choking‘, bruitiste et presque effrayante. ‘Fools! Philistines! Heretics And Whores!‘ sonne quant à elle comme un These Arms Are Snakes dépressif et tourmenté, tout comme la dégueulasse ‘Noise Equals Death‘ et son titre apparemment choisi pour le faire croire. Le bruit, qui fait de Sonic Youth un groupe cool, donne ici à la musique un caractère hanté (‘Inhale: Sleep‘) et n’accorde pas de répit pour l’auditeur, hypnotisé.

Car, en effet, cet album hypnotise. Celui qui posera son oreille dessus deviendra brièvement tel un otage atteint du syndrome de Stockholm dont les ravisseurs sont musicalement terroristes. Il en est allé de même pour eux lorsqu’ils ont découvert Slint, ‘Against Karate‘ porte les séquelles du violent traumatisme également subit par de nombreux jeunes gens en 1991…