Allez, combien de groupes peuvent aujourd’hui se targuer de faire de la musique dite ‘planante’ sans nous donner envie de pioncer ? Combien ont un son aussi délicat et inventif qu’Oceansize ? Peu, en vérité, arrivent à marquer l’esprit comme le fait la musique de ces derniers. Nombreux sont en revanche ceux qui jouent la carte ‘douceur’ sans créativité derrière, avec un résultat guère plus attractif qu’un U2 instrumental.

Après l’immense ‘Everyone Into Position‘ et le très bon ‘Frames‘, le quatrième album d’Oceansize se veut tout aussi massif et montre leur brio sans cesse croissant. Pas question de succomber à la facilité pour le groupe au nom parfaitement crédibilisé par l’océan de son qu’il représente. Trombes et tumultes musicaux ouvrent lourdement l’album avec ‘Part Cadiac‘, suivie par les rassérénantes mais non moins massives ‘Superimposer‘ et ‘Build Us A Rocket Then…‘. La batterie déchainée appuie les instruments tous parfaitement maitrisés, les solides structures font s’égarer l’auditeur dans les flots de notes enchainés par vagues. Puissance sonore, progressions mélodiques soignées et ravageuses… Oceansize montre l’étendue de son talent à travers l’hétérogénéité de ses compositions. Même la plus pop ‘Oscar Acceptance Speech‘ fait passer Coldplay pour d’absurdes guignols (comme beaucoup de choses, Coldplay, c’était mieux avant) à la maestria douteuse si ce n’est inexistante. ‘Ransoms‘ et ‘Superimposter‘, quant à elles, transpirent un blues sexy canalisant l’impétuosité d’une musique en mouvement. En effet, Oceansize ne s’arrête jamais sur un moment, c’est le moment qui s’Oceansize. Fact. Chaque moment d’une chanson s’intègre à un ensemble solide et imposant. Tous ont une valeur et un rôle dans l’écoulement progressif de l’album. A part peut-être ‘Pine‘ qui est clairement la chanson la moins emballante de l’oeuvre, à l’inverse de l’hallucinante et à la fois idyllique ‘A Penny’s Weight‘.

Oceansize maitrise l’art de faire voyager son auditeur dans le confin de son imagination. On se laisse longuement bercer par les remous d’un océan pourtant agité. Encore une histoire de nom bien choisi au final. ‘Self Preserved While The Bodies Float Up‘, où comment Oceansize survit à un post-rock en partie éteint (à quelques exceptions près, vous le savez). Le groupe sait se rendre accessible tout en ayant l’audace de se mouiller, et c’est bien cela qui fait sa force, à l’inverse de bien d’autres entités musicales mortes-nées et oubliables. Histoire de ne pas provoquer l’apparition d’émules (car eMule c’est le mal) sans intérêt et d’agaçants ersatz, autant dire qu’Oceansize est un exemple à ne pas trop suivre.