Tout le bien qu’on avait déjà dit à l’époque de ‘Dilettantes‘ ne représente finalement pas grand chose en comparaison d’un fait tout simple qui en dit bien plus : depuis deux ans, voici l’un des disques si ce n’est le disque qu’on a le plus écouté. Encore et encore. Si bien que lorsque You Am I chantait sur Frightfully Modern que le meilleur restait à venir, on les croyait. Grand bien nous a pris. Ces jours-ci sort ‘You Am I‘, neuvième album studio des australiens. Annoncé comme différent de tout ce que le groupe a pu faire, on va toutefois mesurer et modérer les propos. Ce nouveau disque est une suite logique de ‘Dilettantes‘, un pas en avant dans la même direction. You Am I ne compose plus de hit-singles furieux, ne fait plus de balades acoustiques à fendre le coeur et encore moins de mid-tempo lyriques, les australiens composent de très grandes chansons, d’une immédiate complexité, aux mélodies toujours plus fabuleuses qui accompagnent tous les moments de la vie. Le single ‘Shuck‘, long faux plat menant vers la plus belle des vues, tient autant du lever de soleil que du crépuscule. You Am I avance avec intelligence, l’ouverture ‘We Hardly Knew You‘ débute calmement avant d’emmener l’auditeur vers des tourments insoupçonnés grâce à une montée en puissance culminant par un furieux solo de guitare et tout le disque est là. Aussi rock que calme, aussi entrainant que reposant, aussi furieux qu’apaisant. Les moments rock ne sont plus rageurs, ils sont hirsutes, enivrant (‘The ocean‘ ou la fameuse septième vague qui vous éloigne du rivage à tous jamais), garage (‘Pinpricks‘) et toujours illuminés par le chant de Tim Rogers (la façon de chanter « there’s better ways to say goodbye » sur ‘The Good Ones‘ va arracher bien des larmes) mais ce sont les moments calmes qui donnent à ce disque toute sa saveur. ‘Crime‘ sonne comme les moments atmosphériques du Nin de ‘The Fragile‘ mais joué avec souplesse par un vrai groupe, ‘Lie & face the sun‘ et ‘Trigger finger‘ sont les affiches pop au contre chant féminin envoutant et il y a ‘Waiting to be found out‘, la plus belle pièce du disque, un moment précieux joué comme recroquevillé dans une caverne dans laquelle le soleil commence à percer. Sur toutes ces chansons plus calmes, You Am I ne tombe jamais dans le piège de la power ballade facile et sentimentale, au contraire, tout se fait simplement, à l’aide des discrets claviers, d’arpèges mystérieux (au casque, le disque offre bien des richesses) et du chant de Tim Rogers dont on ne dira jamais assez de bien.

You Am I vieillit avec grâce, voilà un groupe qui a su remettre ses compteurs à zéro (l’album ‘Convicts‘ en 2006) et partir vers l’avant. Et depuis, chaque pas marque -comme si besoin était…- un peu plus profondément notre amour pour ces australiens à qui musicalement tout semble désormais permis à l’avenir. En attendant, ce neuvième disque promet de tourner en rotation lourde pendant un bon moment. On parie combien que la chronique du prochain disque débutera comme celle-ci ?