Le titre d’un album est rarement choisi par hasard, d’autant plus lorsqu’il fait référence à la sensibilité du capteur d’un appareil photo. Lorsque celui-ci est réglé en 3200 ISO, le capteur sera plus sensible à la lumière et il sera donc plus aisé de faire des prises de vue là où elle est faible. Ce jargon de photographe que je ne suis pas révèle implicitement l’intention de Mathieu Artu : faire la lumière là où pour lui elle s’est assombrie avec le temps. Ce qui est drôle, c’est que l’appellation ISO fait également référence à l’image d’un CD. D’images, ce disque en est justement plein.

Decades And Decisions‘ faisait déjà référence à des moments clés dans la famille de Mathieu comme de sa propre vie, ‘3200 ISO‘ continue en évoquant photographies, bouts de films de famille et bribes de souvenirs d’enfance. On imagine un enfant en train de colorier un dessin avant d’être mis au lit par sa mère. Douceur et mélancolie sont les ingrédients de ce qui semble être la bande-son d’un constat que l’on a tous plus ou moins fait : l’enfance nous manque. Eh oui, il est loin, le temps de l’insouciance et de l’ignorance protectrice, et l’on aimerait bien parfois y revenir. On se contente donc, résigné, d’une nostalgie légère mais bien présente, à l’image de cet album qui associe piano, violons, contrebasse et anecdotiques apparitions de batterie et guitare aérienne en fast picking. Les pistes se suivent et se ressemblent, interpellent tant elles sont courtes et pourtant si calmes. C’est lorsque l’on prête attention en les écoutant sur le titre de chacune d’entre elles que la magie commence à opérer. La musique doit être écoutée en grande partie avec les yeux, car elle donne à voir le thème abordé.

3200 ISO‘ est une symphonie de près de 40 minutes en 20 images, au thème universel bien que personnel pour l’artiste dans sa propre évocation de ses clichés du passé. Tandis que tout dans ce disque est figuratif pour lui, on ne peut que plonger dans des images abstraites et incomplètes, un peu comme si l’on était le héros d’Inception regardant ses enfants. L’impression d’être à la fois intrus et confident s’ancre dans le ressenti, et c’est ce petit trouble qui donne toute sa saveur à l’album, curieux voyeurs que nous sommes.
Néanmoins, de part son caractère bien trop abstrait, on ne peut pas vraiment noter cet album.