Une définition rapide de Deerhoof ? Est-ce que ‘groupe-de-tweet-noise-à-moitié-crétin-à-moitié-génial-qui-monte-sur-scène-avec-du-matos-en-carton‘ ça suffirait ? C’est le souvenir impérissable que m’ont laissé ces quatre américains en tout cas. Une bonne dose de rock indé un peu foutraque, une bassiste minuscule qui enfile un masque de tigre et trois amplis Ikea. Et pourtant, depuis le milieu des années 90, Deerhoof c’est une bonne nouvelle permanente. Dans le genre compos bien torchées et voix de gamine kawaï qui a mangé Thurston Moore au petit dej, on ne fait pas mieux et pour cause : le Deerhoof-style, c’est inimitable. Tellement que ça en devient chiant à en bouffer des pieds de chaise, au bout de deux ou trois albums.

Heureusement, Deerhoof VS Evil, c’est aussi la bonne nouvelle de cette année pour la gentille bande de San Francisco. L’album tranche avec les vieilles habitudes du groupe, qu’il avait définitivement adoptées avec l’agaçant Offend Maggie, opus précédent aussi relou qu’inquiétant. Le Deerhoof des années 2010 sera ambitieux, libéré et fera l’amour aux auditeurs. Ca peut marcher.

En tout cas, si c’est pour prendre un bain de rythmes et de grooves à tomber par terre (comme sur ‘The Merry Barracks‘) et sentir la voix de Satomi Matsuzaki sortir de son rôle de bébé manga (avec le très beau et sérieux ‘I Did Crimes For You‘), on signe tout de suite. Osons le mot : Deerhoof VS Evil, c’est la maturité qui tombe à pic. L’occasion de repousser les territoires baby-noise en piochant dans les eighties (‘Super Duper Rescue Heads !‘), le folklore grec (‘Let’s Dance The Jet‘), et toujours un bon vieux Sonic Youth époque Sonic Nurse, pour relever la sauce et retrouver la pointe d’agressivité caractéristique du son Deerhoof (‘Behold A Marvel In The Darkness‘). Bien sûr, un disque de la clique à Satomi, c’est toujours couillon, il faut aimer les pauses où jouer à la marelle s’avère plus sympa que cogner sur des distos vachardes (‘Hey I Can‘). Mais bizarrement, les sales manies du groupe trouvent leur place dans ce disque aussi rassurant qu’addictif.

Deerhoof VS Evil est un des rares albums qu’il m’a été donné d’écouter quatre ou cinq fois à la suite. Ca coule tout seul, dans un enthousiasme pop communicatif qui vient à point nommé, autant pour Deerhoof lui-même que pour le paysage indé de la décennie qui commence.