Quand on me parle de Branson Hollis, je ne peux m’empêcher de penser à Mike Branson, acteur pornographique américain qui a remporté, en 1998, le Gay VN Award dans la catégorie Best Sex Scene pour le coït asséné à son camarade Tom Chase dans California Kings. Et dès que j’écoute Diving Suits Drying, je me dis que les quatre franciliens sont eux aussi de sacrés pineurs. Des pineurs, OK, mais pas forcément branchés rectum. Eux, ce qu’ils aiment, c’est malmener, enculer, humilier, éclater la sempiternelle configuration couplet-refrain.

La musique de Branson Hollis est trop alambiquée pour être étiquetée rock et trop subtile pour être estampillée post-hardcore — terme qui, à l’instar des insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, ne veut vraiment plus rien dire. Threesome au micro, mélodies rocailleuses, accalmies traitres et montées tempétueuses : toute proportion gardée, le quatuor est une sorte de Mastodon salement romantique, de Thrice avec de vraies mesures accrocheuses. Impossible d’oublier le chant au bord de la délicieuse rupture à la fin de The Jar ou encore les premières mesures américano-hymniques de New Colours, New Shapes. Véritable morceau schizophrène, New Colours, New Shapes offre un retournement de situation titanesque avec ses choeurs de marins au bord du gouffre et la participation bovine d’Hendrick d’Admiral’s Arms, plus en verve que jamais.

Dans un style musical où les morceaux sont plus hachés que tubesques, Branson Hollis réussi le pari d’allier structures complexes et efficacité redoutable. Vite, la suite.