Il a fait un temps de merde toute la journée. On t’a encore brisé les noix pour des broutilles. En plus, tu sais pas ce que t’as mais il y a ce noeud dans tes entrailles… C’est pas bon ça, parfois ça peut durer des semaines entières et même le médecin de ta mère ne pourra rien pour toi. Oui, le peigne-cul surpayé qui t’a fait croire pendant des années que tout se soigne. Alors, que faire? La bouteille est pas loin… mais putain, il est un peu tôt encore, tu viens juste de rentrer. Ou sinon, il y a le disque du mec là, celui qui dit I’m tired of the old shit, let the new shit begin. D’ailleurs il vient d’en sortir un nouveau qui est cool.

Inutile de tourner autour du pot: Wonderful, Glorious est à la hauteur de son titre et du talent de Mark Oliver Everett. Toujours impeccable côté songwriting mais plus ambitieux, sophistiqué et travaillé dans son ensemble que n’importe quel disque du triptyque [url=http://www.visual-music.org/album-Hombre+lobo+%3A+12+songs+of+desire.htm]Hombre Lobo[url]/End Times/[url=http://www.visual-music.org/chronique-1303.htm]Tomorrow Morning[url], une aventure plus personnelle et expérimentale qu’on ne le pensait.

Enregistré dans le nouveau studio d’Everett, ce dixième album propose une approche plus démocratique dans l’écriture de Eels, avec une contribution importante des membres actuels du groupe qui se fait entendre ici et là dans la diversité et la richesse des arrangements. En-dehors de ces considérations on ne sait pas trop dans quelle mesure le dénommé E considère Wonderful, Glorious comme une (r)évolution artistique car pour l’essentiel, et de façon assez paradoxale, l’album reste profondément eelsien tant dans le fond que dans la forme.

Dès les premières mesures de Bombs Away le scintillement familier d’un célesta vient alléger de lourdes percussions en évoquant le style particulier de vieux classiques du groupe tels que Novocaine For The Soul ou Flyswatter. À partir de là, les titres s’enchainent sans réelle surprise si ce n’est l’évident enthousiasme du songwriter et de ses musiciens pour cette nouvelle collection de chansons, soignées et abouties jusque dans les moindres détails. On est peut-être devant le disque le plus millimétré de Eels en terme de production, bien que cela se traduise surtout par la densité des compositions et de subtiles contrastes ou changements d’humeur, parfois au sein d’une même chanson. Mais n’allez pas croire que l’auteur abandonne le bon goût qui le caractérise pour une approche putassière: E est et a toujours été un impressionniste à la personnalité rayonnante capable de s’accommoder du minimum syndical, sans perdre ne serait-ce qu’un soupçon d’éloquence. Wonderful, Glorious s’attèle avec panache à illustrer ses états d’âme plutôt qu’à magnifier leur impact de façon grossière ou ultra-stylisée (comme quoi on n’a pas forcément besoin de Danger Mouse ou Nigel Godrich pour conserver une santé artistique).

Cette orfèvrerie pop identifiable entre mille juxtaposée au ton rauque et aux éternelles ruminations du chanteur ont beau renvoyer à tout moment à diverses étapes de son parcours (principalement la période pré-Blinking Lights), la musique tombe rarement dans le convenu, la redite ou le recyclage inutile de vieilles idées. Il y a de toute évidence une humilité et une honnêteté au coeur de ces chansons qui rendent le processus de mise en forme un peu secondaire, comme chez Wilco par exemple, même si la créativité, la cohésion et l’entente du groupe mentionnées précédemment ont pour effet d’apporter une dynamique et une lumière inattendues au disque. La noirceur inhérente aux chansons d’Everett s’en trouve quelque peu gommée même lorsqu’il se laisse aller à un certain fatalisme comme sur le crescendo viscéral de The Turnaround ou la country pop perplexe et désabusée de On The Ropes (I’m not knocked out but I’m on the ropes). Presque partout ailleurs le sarcasme est de mise et c’est un E prêt à mordre et à en découdre qui toise l’adversité avec humour et irrévérence un peu à la manière du dog faced boy de son inusable Souljacker (2001). It’s looking good, I dug my way out/I’m changing up what the story’s about grogne-t-il sur l’excellent New Alphabet, la preuve qu’il a encore deux ou trois choses à dire, des comptes à régler et toujours une étonnante capacité à approfondir son propre terrain musical sans aller chercher midi à quatorze heures. C’est suffisamment rare pour être remarqué, et donc encensé comme il se doit.