Je pense que je n’arriverai jamais à totalement me fâcher avec Chris Corner : je ne m’ôterai pas de l’esprit que l’homme est l’auteur d’albums de trip-hop, pop électronique ou électro rock (appelez cela comme bon vous semble) les plus majeurs des années 2000 : Splinter et Bloodsport avec les Sneaker Pimps, Kiss&Swallow et The Alternative en tant qu’ I am X. Mais ces dernières années, l’homme a aimé tendre le bâton pour se faire battre. Ses deux dernières productions : Kingdom of welcome addiction et Volatile Times n’étaient clairement pas à la hauteur du talent du p’tit bonhomme et puaient complètement l’envie de devenir calife à la place du calife (eh vas-y que je vais devenir le chainon manquant entre Depeche Mode et Muse…).
A force de jouer sur le syndrome Peter Pan, on a même cru que Chris Corner allait faire d’ I am X le Indochine anglais. Pour sûr, il récolterait à chaque sortie son lot de nouvelles groupies mais perdrait en chemin au moins autant d’X-addicts qui attendaient autre chose de lui qu’une redite de ses tourments adolescents.
Seulement cela aurait été bien trop simple pour une personnalité aussi torturée que celle de Monsieur Coin. Malgré les appels du pied, le succès commercial n’est toujours pas venu et l’on a donc l’impression de récupérer avec ce Unified field un Bambi qui se serait égaré dans la grande forêt de l’industrie musicale. On avait découvert il y a peu I come with Knives et sa pop industrielle qui nous montrait que Corner était toujours prêt à en découdre, la placer en plage d’ouverture est donc une bonne idée pour amener l’auditeur à se plonger dans cette nouvelle galette. Le problème, c’est que l’on va avoir clairement l’impression d’avoir affaire à un Corner schizophrène une fois de plus. Quand tous les tics des derniers albums sont là : rythmique martiale qui lui est si chère depuis President, refrain haut perché, et grand guignol, l’impression d’entendre une face b d’un ancien album est vraiment trop flagrante, on éjecte donc Sorrow, Animal impulses tout comme le nouvel essai cabaret Land of broken promises (qui a quand même le mérite d’être moins ridicule que le Bernadette du dernier album). Si, à la suite de l’immonde Unified field bien trop dance, on commence déjà à désespérer, Corner va nous prouver qu’il est toujours capable de coups de génie.
Intro à la basse suivie d’un beat mid tempo et une voix plus mûre, The adrenalin room n’a qu’un seul défaut : être un brin trop courte. Et peut-être aussi être le seul titre de l’album rappelant un tant soit peu la magie des Sneaker Pimps .On attendait bien plus de cette collaboration avec Jim Abiss au niveau production.(l’homme avait produit le premier Pimps avant de travailler pour des gros comme Adele)

Comme toujours Corner se montre également capable de calmer le jeu de la plus belle manière avec deux titres plus doux mais très réussis : Quiet the mind et Under atomic skies qui font partie de ces ballades que Corner balance avec une facilité déconcertante.
On retrouve également des sonorités très électroniques (Screams par exemple), clairement les moments où Corner fait merveille, sa voix chaude et si particulière se frottant bien mieux aux sons synthétiques qu’organiques. Autre bonne surprise : ne pas se retrouver systématiquement avec les choeurs énervant de Janine Gezang à tout bout de chant : Walk with the noise se retrouve ainsi épargné du côté grandiloquent des ses dernières tentatives très pop et effleure la grâce d’un morceau comme Spit it out, le hit d’ I am X.

Le bilan est donc une fois de plus en demi-teinte, on pourra voir le verre (de vin que commercialise l’ami Chris) à moitié plein ou à moitié vide selon son humeur bon enfant ou l’exaspération qu’avait déjà suscitée les précédents opus. Je pense malheureusement être en train de lâcher l’affaire Corner après quasiment quinze ans de fascination…