Manatark ? Jamais entendu parler. Des Estoniens ? Ah, donc c’est normal. Ils ont tourné avec Impaled Nazarene et Vader ? Là ça devient déjà plus interessant ! En effet sous ses petits airs de groupe qui n’en demande pas tant, le quatuor des terres baltiques, formé depuis 1998 seulement a déjà acquis une expérience considérable. Deuxième album donc, Chaos Engine, qui nous conte la naissance du mal chez l’Homme à travers la symbolique du fruit défendu. Tout un programme. Et la moindre chose que l’on puisse dire c’est que du Mal on va s’en manger au travers des huit titres de cet album.

Manatark n’a en effet pas du tout peur de reprendre les ficelles d’un death mélodique le plus oldschool qui soit. Ca sent les références bibliques maltraitées à tout va, ça transpire le lyrisme épique des plus grands dans ce domaine : on pense innévitablement à des groupes comme Marduk, Morbid Angel ou encore Dying Foetus. Néanmoins il est indéniable que cet album à malgré cela sa propre personnalité. Le groupe se démarque ne serait-ce que par son chant qui rappele plus un phrasé et une clarté relative dans la veine hardcore que la pure obscurité qui règne en général autour des vocalises death. Pas beaucoup d’effets, mais, là aussi on évite les vielles réverbes qui ont fait la joie des amateurs de ce style dans les années 80. En parlant d’effets rétros à mort, on a droit à de ‘magnifiques’ séquences de synthé, style ambiance crypte ou catacombes dans les films d’horreur en noir et blanc, qui plairont à certains et sans aucun doute déplairont à d’autres. L’intro par exemple est d’une inutilité remarquable tout comme un autre interlude, ‘Crystal’, en synthé à moitié saturé (!?) dont on a l’impression qu’ils sont là uniquement pour rallonger un album qui ne se suffisait pas à lui-même. C’est sur, les interludes ça sert, ça peut être interessant, mais quand ils durent 6 minutes sur un album qui n’en fait déjà que 30, ça a le don d’aggacer.

En ce qui concerne les autres instruments et techniquement parlant, il n’y a rien à redire. Bon, la guitare rythmique et la basse sont ce qu’elles sont dans ce genre de musique mais rien n’empêche d’assurer même dans ce cas, comme le font ici respectivement Gates et Benton. A la batterie, Suss ( à prononcer à l’américaine, sous peine de quelques ambiguités ) martèle ses grosses caisses sans aucune pitié, mais sans aucune réelle inventivité non plus. C’est puissant, rapide, efficace, mais ça se fond un peu trop dans le décor, ce qui est dommage, surtout dans ce style de musique. Mention spéciale pour Draconic, voix du groupe mais aussi guitare lead qui se démène constament dans ces deux domaines pour nous offrir un peu de variété dans les solos et des vomissements agréablement oppréssants.

En fin de compte, on ne trouve pas grand chose à redire à cet album, qui nous démontre encore une fois que c’est dans les contrées nordiques que l’on fait le meilleur death. Au-delà de la musique, on se surprend même à essayer de comprendre les métaphores religieuses que contiennent les textes, qui sont, il faut l’avouer, d’une poésie rare. Bien sûr c’est épique, mais pas excessivement. C’est lourd, sans être insupportable. Et avant tout, les mélodies supportent magnifiquement bien l’histoire qui se déroule au fur et à mesure, nous entraînant dans la chute de l’Homme et d’une humanité décadante, du premier pêché à la complaisance dans le vice. Dit comme ça, ça peut paraître un peu rébarbatif et déjà-vu mais il suffit de tendre l’oreille une seconde pour comprendre que Manatark à quelque chose que tous n’ont pas. Ce n’est pas une révolution mais c’est du bon. Satisfait ou remboursé.