Quel est le point commun entre Dave Grohl, Josh Homme et désormais Trent Reznor ? Ils tiennent tous les trois le haut de l’affiche depuis qu’ils ont perdu leur pertinence artistique. Avant les cris et les hurlements, qui ira sérieusement dire que voir Reznor faire la couv’ de tous les canards actuellement fait plus de sens qu’il y a 10 ou 15 ans ? Mais avant de partir dans les aurait pu/aurait du, concentrons-nous sur le retour opportun de Nine Inch Nails au moment où le nouveau groupe de Reznor, How to destroy angels, se plantait sans laisser de trace. ‘Hesitation marks‘…

Qu’on me permette une digression. Il fut un temps où The Kills était le groupe des méchants VV et Hotel. Ouaip. VV et Hotel. Aujourd’hui lorsqu’on repense à ça, VV et Hotel, on a peu honte pour les gentils Jamie Hince et Alison Mosshart. Merde quoi, ils se faisaient appeler VV et Hotel et ça ne nous faisait même pas marrer ni sourciller car le propos était fort. Trent Reznor aujourd’hui, c’est un peu pareil. Flashback dans les 90s. Tension du nouveau millénaire, bug de l’an 2000 et Satan arrive -pour les plus jeunes, oui avant le 11 septembre 2001 on avait le temps de penser à ce genre de trucs- et Trent Reznor avait un look mi alchimiste mi Gary Oldman dans Dracula. Et purée il envoyait et avait la classe. Ses disques étaient les Halo. En 2013, mettre côte à côte l’image 1996 et celle actuelle de Reznor fait un peu le même effet que pour The Kills. Il y avait le gros comique Manson dans le coin pour faire plus grotesque mais Reznor niveau grand guignol, c’était quelque chose, la dépression sous ses oripeaux les plus visibles, le genre de mec qui quand vous le croisez vous explique qu’il est sur la corde raide, Dylan dans Beverly Hills. Et les Halo… Non mais Halo quoi… Oui à (il y a) 15ans ça marchait mais aujourd’hui…

Aujourd’hui Reznor est une superstar oscarisée sur une major qui sort ‘Hesitation Marks‘ en déclarant le disque proche de ‘The Downward Spiral‘, l’officiel meilleur album de NIN. Passons le côté « je m’inspire de moi-même » pour nous concentrer sur la musique et clamer direct haut et fort que pas de soucis, c’est un disque de Nine Inch Nails. Avec tous les tics de Reznor. Ces boites à rythme (pas l’ombre d’un batteur ici), les effets de voix en canon, les synthés, les moments atmosphériques, les poings dans la gueule, les « je refais Low de Bowie » et cette incapacité depuis presque 20 ans à aller à l’efficacité pure et dure. Dans le détail, ça donne une intro inutile, les trois voire quatre dernières chansons semblent en vain être le Grand Final (Reznor a toujours fait ses disques trop longs -‘The Downward Spiral‘- ou trop trop trop longs -‘The Fragile‘), des outros interminables (‘Disappointed‘, ‘Running‘) ou minables (« Came back haunted, just can’t STOP » t’as compris ? Stop et j’arrête), un mini ovni (le The Curesque ‘Everything‘), les petites notes de piano (‘I would for you‘), des mélodies un peu mielleuses, des moments fumeux style ‘The Fragile‘ (le très plat ‘Find my way‘), du 5 min quand 3minutes30 suffisaient amplement (‘Satellite‘, ‘In two‘), du pop funk froid bizarre pour faire comme Bowie (‘In Two‘, ‘All time low‘, aussi ratés que toutes les tentatives du même style de ‘The Fragile‘) et globalement ‘Hesitation Marks‘ est un disque qui reprend tous les ingrédients de NIN mais fait par un Reznor se prenant excessivement au sérieux. Même si on doute que le mec ait beaucoup d’humour. L’album montre notre homme en mode auto recyclage (le single passable ‘Came back haunted‘ est un décalque glandeur de ‘The Hand that feeds‘ qui n’était déjà pas le meilleur single de Reznor) aux mélodies parfois douteuses (‘Everything‘, ‘I would for you‘) qui jamais ne cherche à proposer autre chose que du déjà entendu (en mieux) et fait un disque pour fans qui par définition ne sont plus à séduire. Niveau paroles, ce qui clairement n’a jamais été le point fort de Reznor, Trent le papa oscarisé de Columbia Records qui fait des sons et lumières en concert nous fait le coup du mec en colère avec la lumière au fond du trou. Comme d’hab’. On ne sent aucune volonté de proposer autre chose que de la resucée, on ose pourtant espérer que Trent a évolué lui depuis 1994… Comme il le chante d’entrée de jeu, « I’m just a copy of a copy of a… », il manque le myself à la fin.

Au final ‘Hesitation marks‘ sonne comme du NIN gros cul ce qui impressionnera peut être de jeunes oreilles qui découvriront avec joie ces sons typiques avant de plonger et trouver tout cela en mieux dans les méandres de la discographie d’un homme qui a marqué son temps. Dommage d’accéder au haut de l’affiche quand celui-ci est passé.