Dix ans après les débuts du groupe, la trajectoire des Kings Of Leon est presque caricaturale: des albums de plus en plus dispensables pour un public de moins en moins pointu et chaque fois plus nombreux. Rappelons à ce propos l’anecdote sur la fille du premier rang en larmes pendant ‘Sex On Fire‘ et ‘Use Somebody‘ qui demande ensuite à sa voisine si ‘Molly’s Chambers‘ est une nouvelle chanson. Une sorte d’univers inversé à celui de MGMT. Sans doute conscients du décalage entre fans de la première heure et audience mainstream arrivée sur le tard, les Followill ont annoncé ‘Mechanical Bull‘ comme un retour à l”immaturité‘ de leur attachant premier album ‘Youth And Young Manhood‘, tout en qualifiant leurs nouvelles chansons de ‘musicalement complexes‘. Hé bien amigos, applaudissements à tout rompre pour ces bonnes paroles et félicitations pour une telle témérité verbale car ces déclarations ne pourraient pas être plus éloignées de la réalité. On ne mettra pas en doute la technique du groupe, à mille lieux de celle des petits bouseux sudistes des débuts, mais dans le cas des Kings Of Leon la ‘complexité musicale’ résiderait plutôt dans l’urgence d’améliorer un songwriting devenu inepte avec les années. Ne surnagent ici – en étant indulgent – que deux ou trois grosses chansons pop-rock un peu mieux branlées que les autres (le single ‘Supersoaker‘, le potable ‘Comeback Story‘ avec ses cordes opportunistes), et le reste n’est qu’accumulation de clichés pour adolescents neuneus (l’affreux ‘Rock City‘ et son manuel complet de l’apprenti rock star), de mièvreries sans goût ni saveur (‘Wait For Me‘, ‘On The Chin‘, le shoegaze pour ploucs de ‘Beautiful War‘), avec pour saupoudrer le tout d’assez pitoyables tentatives de faire du ‘It’s Only Rock N’ Roll‘ (‘Don’t Matter‘, ‘Family Tree‘), sans le dixième du quart de l’attitude et de la classe innée des Rolling Stones commerciaux de la seconde moitié des années 70. Autrement dit, remplir les stades à coups d’albums mineurs ne passe pas obligatoirement par la médiocrité. Pour résumer, le soi-disant parti-pris de se réinventer une jeunesse est absolument impalpable et les Kings Of Leon n’ont jamais autant semblé sur le retour. Mais puisqu’il est de bon aloi de hyper un comeback et que les frangins et cousins Followill ne se sont jamais illustrés pour leur finesse d’esprit, pardonnons-leur ce pitch invraisemblable. Ce n’est pas une honte, il faut savoir garder la clientèle. Sauf que ‘Mechanical Bull‘ est en tout point inférieur aux deux albums précédents, c’est-à-dire même en prenant leur musique pour ce qu’elle est devenue, une version soft rock FM ampoulée de ‘A-Ha Shake Heartbreak‘ et ‘Because Of The Times‘. Beaucoup de poses étudiées et pas grand chose à dire, ou en tout cas rien de bien passionnant. S’il y a encore un très vague résiduel de ce qui faisait le charme touffu de ces fils de pasteur alcoolo, le succès les a gravement amochés. À tel point qu’on ne s’explique pas la raison d’être d’un disque aussi mesuré et soucieux du qu’en dira-t-on, surtout avec un public aussi acquis à leur cause. Les garçons vacher d’il y a dix ans n’ont plus les pieds dans la boue et sentent bon la dernière fragrance d’Hugo Boss, c’est un fait, mais cela n’empêche pas ‘Mechanical Bull‘ de venir s’échouer comme une merde sur une pelle.