I am the boy who loved her so in every song

Valeur du prétérit : action passée, révolue.

Elbow a un incroyable talent qui de mémoire n’a jamais été développé dans ces nobles colonnes : celui de la chanson d’ouverture qui tue. ‘Any day now‘, ‘Ribcage‘, ‘Station approach‘, ‘Starlings‘, ‘The birds‘ et aujourd’hui le très beau ‘This blue world‘. Le choix de l’adjectif n’est pas anodin tant Elbow tend à mettre en avant ce qui est beau dans le monde. Il suffit d’attendre 4 minutes 25 du titre d’ouverture et soudain le miracle Elbow se reproduit. Malgré tous ses défauts intrinsèque ([url=https://www.visual-music.org/chronique-1415.htm]déjà listés[url], eux) le sourire apparait et le coeur se réchauffe. Tout ça valait le coup pour en arriver là.

The take off and landing of everything‘ est un disque de rupture. Musicale car après un ‘Build a rocket boys!‘ en forme de suite de ‘The Seldom Seen Kid‘ ce sixième album s’affranchit de la peur de perdre ce nouvel auditoire si difficilement conquis et Elbow lâche un peu de leste sur le terrain glissant du groupe du peuple, chantons tous en choeur etc. Le groupe s’attarde plus sur son côté prog incapable d’écrire un single ou un refrain tout en restant incroyablement touchant et mélodique (‘This blue world‘, le fantastique ‘Fly boy blue / Lunette‘ ou encore ‘Charge‘ et ‘Real life‘), étonnant (‘Honey sun‘, les breaks de presque toutes les chansons) même si leur péché mignon réapparait ici et là (le déjà fait en mieux ‘New York Morning‘ qu’on a tendance à zapper, la chanson titre), Elbow développe un son plus sombre et minimaliste, désenchanté, tranquillement désorienté (Colour fields) par son second aspect de disque de rupture. ‘The take off and landing of everything‘ est également la chronique de la rupture amoureuse de Guy Garvey. En bons vampires aux coeurs froids, c’est non sans délectation certaine qu’on s’imprègne des lamentations et ruminations romantiques (‘Honey sun‘ surtout) de celui qui est l’un des meilleurs paroliers actuels et il y a quelque chose de touchant à comparer les chansons de ‘The Seldom Seen Kid‘ contant l’amour naissant et celles-ci. Pour continuer les [url=https://www.visual-music.org/chronique-1697.htm]interrogations[url] de notre excellent Kromagnon, on se demandera peut être ce que cela vaut en comparaison du mètre étalon de maitre Bob ‘Blood on the tracks‘? Ou même si Elbow s’approche des sommets du ‘Pale Green Ghosts‘ de John Grant ? La comparaison sera cruelle envers les anglais mais ‘The take off and landing of everything‘ s’il n’est pas un nouveau chef d’oeuvre de rupture en a tout de même assez dans le ventre pour pudiquement toucher toute personne en phase avec ses émotions. (N’est ce pas là la définition de toute la discographie du groupe ? ).

Doucement, Elbow se construit une des discographies les plus solides des 20 dernières années sans toutefois se transformer en une franchise, sans jamais tourner à vide, sans jamais déclencher de passion non plus mais le groupe reste, comme la dernière chanson du disque, un formidable confident nocturne. Dear friends…