Chris Martin et Gwyneth Paltrow sont officiellement séparés et le divorce s’annonce plus difficile que prévu, avec notamment des rumeurs d’infidélités du chanteur de Coldplay filtrées aux tabloïds par l’actrice elle-même. Les choses tournent mal, horriblement mal parfois, entre deux êtres qui s’aiment. Impossible dans ces circonstances de ne pas voir ‘Ghost Stories‘ comme une chronique des prémices de cette séparation. Sans surprise, l’auteur de ‘tout était jaune‘ et ‘chaque larme est une cascade d’eau‘ nous revient plus troublé que jamais mais, comme toujours, prêt à faire contre mauvaise fortune bon coeur et à laisser son amour sans limite voler par delà la rancune tel une colombe conceptuelle dans la nuit étoilée de Miami Beach (voir la pochette). Lui ne voulait pas se disputer, c’est elle qui a commencé. Mais les torts sont répartis, puisqu’en fait ils ne se comprennent plus. Bref ça craint mais il l’aimera pour toujours, même si elle n’est pas dans Iron Man 4.

L’enregistrement n’a pas été facile. Coldplay veut toujours tout faire comme U2 et a donc réembauché le producteur cérébral Brian Eno, comme sur les derniers disques. Cette fois, il y a eu de l’eau dans le gaz entre le gourou et un Chris Martin un peu vénère, qui n’en faisait qu’à sa tête et voulait faire péter sa loi dans le studio, genre ‘vas-y, colle un riff de Tommy Iommi là-dessus pour voir‘ ou ‘cette intro ne sonne pas assez comme celle de Cherub Rock‘. Résultat: mise à l’écart du chanteur, privé de session le temps que tout le monde récupère ses esprits et que la musique commence à prendre forme. À tête reposée, le groupe a préféré développer une pop éthérée à tendance électro plutôt que de creuser dans la direction rock métal. De son côté le frontman en a profité pour terminer les paroles sur un coin de nappe en papier après une bonne pizza. Pour l’anecdote, un morceau s’appelle « O » parce qu’il y avait une tâche de Nestea juste à l’endroit où le titre était écrit. ‘O quoi? Merde je sais plus. Tant pis, je laisse‘. Le trait expérimental de Coldplay est une fois de plus bien présent sur ‘Ghost Stories‘.

Naturellement, l’humeur se fait plus sombre sur un disque uniforme qui met le holà aux grandes envolées épiques multicolores de Mylo Xyloto, à une exception près: ‘A Sky Full Of Stars‘, qui donne envie de danser tout nu sous une pluie de confetti. Mais pour le reste n’allez pas chercher de la gaudriole ou du featuring de Rihanna sur ‘Ghost Stories‘, puisque déjà la dernière fois c’était limite avec Gwyneth qui soupçonnait des trucs. La justice américaine étant très pointilleuse sur les raisons d’un divorce, Chris Martin n’allait pas se griller tout seul en faisant le con sur son nouvel album. Question paroles, on reste donc dans une symbolique très vague et très neuneu qui rend ce break-up album encore plus inoffensif que le générique de Oui-Oui. Et à peu près aussi poignant, mais cela ne devrait déranger personne car le blondinet compense autant que faire se peut avec son célèbre falsetto. Pour le bonheur de millions de sympathisants et partisans du « oh mais ça va hein, dans le genre il y a pire », Coldplay livre une série de chansons pop correctes, ni géniales ni détestables, pas compromettantes, sans autre contenu que des ‘love you so‘ et des ‘yes I do, yes I do‘, parce qu’il faut bien chanter des mots quand même. Le single transparent ‘Magic‘ s’appelait ‘Invisible‘ mais Bono a gueulé, ‘Ink‘ bafouille quelque chose concernant un tatouage en tant que preuve d’amour, et la complainte acoustique ‘Oceans‘ évoque probablement des vacances au Mexique pendant lesquelles il n’a pas arrêté de pleuvoir. Tout le monde s’en fout et donc nous aussi, avec dans notre cas un petit plus de gratitude pour l’inhabituelle restreinte du groupe. Quoi d’autre? Ah oui: le solo de guitare à la fin de ‘True Love‘ est vraiment pas mal.