Fans gravement atteints des Pixies sur ‘Telephono‘ (1996) puis disciples maladroits de Pavement sur ‘A Series Of Sneaks‘ (1998), les texans de Spoon ont fini par trouver leur son et le chemin du succès avec l’impeccable ‘Girls Can Tell‘ de 2001. Rien ou presque n’a changé depuis. Le petit groupe impulsif, déjanté et parfois noisy des années 90 s’est mué en machine pop disciplinée, bien élevée, propre sur elle, tout en conservant l’assise rythmique et les grooves (f)rigides de vieilles influences post-punk comme The Fall, Gang Of Four ou Wire. Plus astucieux que géniaux, les américains n’étaient tout simplement pas taillés pour les riffs imprévisibles et les mélodies funambules. La belle voix éraillée de Britt Daniel n’y peut rien.

Et pourtant on les aime bien, ces gentils gars un peu coincés du derche. ‘Kill The Moonlight‘, ‘Gimme Fiction‘, ‘Ga Ga Ga Ga Ga‘ et ‘Transference‘ se sont succédés sans véritable coup de Trafalgar ni carton mondial mais aucun de ces albums n’a déçu, bien au contraire, chacun ayant intelligemment contribué à définir le style du groupe et à asseoir sa réputation de valeur sûre. Tous ont du single catchy en veux-tu en voilà et une personnalité qui fait qu’un disque de Spoon sonne toujours comme un disque de Spoon, même quand la formule est (légèrement) retouchée.

Avec son titre parano et sa production supervisée par Joe Chicarelli (My Morning Jacket) et Dave Fridmann (Flaming Lips, MGMT), ‘They Want My Soul‘ laissait espérer quelques bouleversements dans le petit monde très convenable de Spoon – surtout après le minimalisme hypnotique de ‘Transference‘, qui semblait couver quelque chose. Mais il n’en est rien. Britt Daniel et ses comparses ne tentent pas le diable et s’en tiennent essentiellement à leur recette testée et approuvée malgré quelques arrangements inattendus et deux ou trois chansons tirant vers l’épique. Parmi ces titres, la new-wave ratée de ‘Outlier‘ et ses synthés lourdement insistants à la Simple Minds viennent hélas plomber un album prometteur, qui commence déjà à faiblir juste avant avec le stop-time un peu laborieux de ‘Knock Knock Knock‘. En bout de course, la synth-pop de ‘New York Kiss‘ prouve une fois de plus que Spoon est un groupe souvent trop consciencieux et calculé à l’heure d’émouvoir. On n’en fera pas toute une histoire: les premiers titres sont efficaces et délivrés avec une belle assurance. Plus tard, le vieux tube bluesy ‘I Just Don’t Understand‘ (déjà repris par les Beatles) passe comme une lettre à la poste, suivi du très accrocheur et très remuant ‘Let Me Be Mine‘ – probable futur single. Au final, si l’âme tant convoitée de ‘They Want My Soul‘ brille parfois par son absence Spoon sait s’imposer tranquillement au métier, comme d’habitude, sans toutefois échapper au verdict du « satisfaisant, mais peut mieux faire ». À tort ou à raison, on attend toujours plus d’un élève appliqué.