Avec sa tronche de grand-mère mal réveillée, son karma d’autiste en pleine chute de tension et son registre vocal d’à peu près trois notes et demi, Joseph Donald Mascis semblait mal parti pour devenir une icône du rock, alternatif ou pas. Autant essayer de courir un 3000 mètres steeple sur une seule jambe. Et pourtant le presque quinquagénaire renfrogné et champion paralympique du saut sur pédale de disto est toujours là, rassemblant plusieurs générations de fans dévoués dans le sillage de Dinosaur Jr. et maintenant auteur d’un deuxième album solo acoustique (après ‘Several Shades Of Why‘ en 2011) qui confirme sa plénitude du moment et ne risque pas de remettre en question son statut de légende, entériné sur le tard par l’intelligentsia.

Véritable épouvantail pour pas mal de nos lecteurs, l’album acoustique ne poutre pas et reste il est vrai un exercice souvent ingrat, pas toujours captivant et qui laisse parfois à découvert bien des carences. Bon nombre de nos héros issus de l’ère grunge ou des années 90 s’y sont cependant essayés, mode de l’unplugged oblige. Pour J Mascis, songwriter chevronné, guitariste superlatif mais chanteur gravement handicapé, le baptême de la mise à nue acoustique remonte à son improbable premier concert en solitaire au mythique CBGB, enregistré fin 1993 quelques jours après le ‘MTV Unplugged‘ de Nirvana, suivi de quelques tournées et d’un live (‘Martin + Me‘, sorti en 1996). Là où le déluge noisy de Dinosaur Jr. semblait plus qu’opportun pour dissimuler son chant de type bourré perdu dans un karaoké, ce n’est pas Assurancetourix que nos oreilles découvrirent en l’absence d’électricité mais une voix d’antihéros délicieusement cabossée, chaleureuse, réconfortante et pour tout dire assez splendide dans sa nullité assumée. Tout un symbole. Et c’est avec pas mal d’émotion que l’on repense à cette pauvre Martin violée et torturée en place publique.

Le label Sub Pop a donc fait preuve d’éclectisme en incitant J Mascis à reprendre son rôle de barde il y a trois ans. L’expérience a dû s’avérer positive car avec sa production parcimonieuse, ses special guests discrets (Cat Power murmure dans un coin) et ses 10 chansons folk bouclées en 40 minutes ‘Tied to a Star‘ ressemble à s’y méprendre à ‘Several Shades Of Why‘, d’autant plus que Marq Spusta en signe à nouveau la pochette. Bien du temps a passé depuis 1996 et l’on pourra regretter le caractère assez pépère, somnolent, un peu trop lisse de ces deux disques de mec à l’aise dans ses pantoufles méditant paisiblement sur des trucs pas trop clairs, fidèle à ses principes. Sa voix s’est en revanche gracieusement arrondie, ses mélodies aussi et quelques réussites se dégagent vite fait de l’ensemble, notamment sur la première moitié du disque, avec une petite surprise à la clé: le jam Led Zeppelinien aux accents orientaux de ‘Heal The Star‘, qui apporte temporairement un peu de muscle et de brio à l’entreprise. Mais si J Mascis ne vous a pas conquis armé d’une Fender Jazzmaster et d’un mur d’amplis, inutile de chercher ici une révélation ou une valeur ajoutée comme peuvent l’être ses interprétations viscérales des classiques de Dinosaur Jr. en solo. À l’instar de son prédécesseur ‘Tied to a Star‘ est un disque plaisant, parfois bricolé de main de maître, mais il aura surtout pour mérite de renvoyer son auteur sur les routes avec pour seuls bagages sa Gibson CF-100, un répertoire du feu de Dieu et un cahier d’écolier pour se remémorer ses paroles. Il ne faudra pas le louper.