Finies les louanges, adieu les 9.3 Reflektoriens et les tags « Best New Music »: Christopher Owens veut être solo, eh bien il va en tâter du solo, du tout seul, du démerde-toi, nom d’une chronique en bois. La fin abrupte de Girls n’a pas été digérée, quand bien même la magie du groupe reposait essentiellement sur les compos de son leader – n’en déplaise aux éventuels admirateurs de Chet « JR » White. L’heure est aux considérations blasées, aux ‘oui c’est joli, non c’est pas bien‘, ‘où est le riff de Vomit ?‘, et pour ne rien arranger l’énergumène nous revient avec un album à moitié country, plein d’antiques guitares honky-tonk échappées de Nashville. Quelque chose de Tennessee, au cas où les flutes médiévales de ‘Lysandre‘ n’auraient pas assez dépaysé la clientèle. Le versatile Owens persiste et signe en faisant dans l’anti-cool, l’exercice de style soigné, la production propre, sans jamais lorgner vers les déviances lo-fi, indie rock ou shoegaze un peu droguées mais tellement in de Girls.

Une fois de plus bien entouré sur ce nouveau disque (quoique de façon beaucoup trop explicite sur une pochette kitch au possible), Christopher Owens n’a pas à rougir des deux amours de petits albums douillets et raffinés que sont ‘Lysandre‘ et ‘A New Testament‘. À peine une heure de musique à eux deux, légers comme des plumes, superbement écrits et arrangés, et livrés avec le coeur sur la main. Si bien que descendre un album d’Owens est à peu près aussi utile à l’humanité qu’empoisonner des chatons ou se réjouir du suicide d’Elliott Smith. Pour l’instant, l’étrange blondinet se et nous ballade à raison d’une excellente sortie tous les 12 ou 18 mois. Les brillants ‘Album‘, ‘Broken Dreams Club‘, ‘Father, Son, Holy Ghost‘ et ‘Lysandre‘ se sont succédés à un rythme frénétique sans pour autant se ressembler, tel un bouillon de culture en ébullition permanente mélangeant des tas d’influences et des line-ups chaque fois renouvelés, recyclés, réinventés comme le choeur gospel qui refait surface sur ce nouveau testament (et de quelle manière: ‘It Comes Back To You‘, ‘Stephen‘ etc..). D’où l’absence de tergiversations lors du split de Girls en 2012. On le sait, on était présent au tout dernier concert du groupe: le chanteur lançait joyeusement des fleurs au public en quittant la scène, juste après un ‘Hellhole Ratrace‘ d’un autre monde, sans doute persuadé que sa qualité d’écriture ferait la différence. ‘So come on, come on, come on, come on, dance with me‘.

Deux ans plus tard, on danse toujours. Comme tous ceux qui n’attendent rien d’autre de Christopher Owens que des bonnes chansons. Ça tombe bien, ‘A New Testament‘ en est gavé, avec du tube discret mais inusable (‘Nothing More Than Everything To Me‘, ‘Never Wanna See That Look Again‘), de la ballade über-classe (‘Oh My Love‘) et des sucreries country un peu loufoques (‘A Heart Akin The Wind‘) qui ne sont pas sans rappeler le génie Gram Parsons et ses descendants alternatifs comme les Lemonheads de ‘Hannah & Gabi‘, ‘Big Gay Heart‘ et ‘Being Around‘. Et bien entendu, l’ensemble poutre émotionnellement, comme d’habitude. Un peu plus à chaque écoute en fait. Vivement l’album reggae.