Le problème lorsqu’il s’agit de faire la chronique d’un album de punk rock mélodique classique, c’est que l’on est rapidement à cours d’adjectifs. Les qualificatifs ‘punk‘ et ‘mélodique‘ allant de soi il ne reste guère que ‘rapide‘, ‘entraînant‘, ‘enjoué‘ voire ‘pêchu‘ mais tout cela a t’il encore du sens ? Le punk rock mélo est-il cette espèce de son évident et formaté avec ses critères et ses traditions ? A l’écoute de ‘It’s Not Rocket Science‘ la réponse de Captain Everything serait ‘oui et non’ (et si j’arrêtais ma chronique ici ?). Cette réponse de Normand chez ce trio britannique ne surprend pas quand on voit que le groupe a puisé son influence du coté de Snuff, MxPx, et chez à peu près tout ce qui peut se faire chez Fat ; bien sûr ça fleure bon la roulette sur le bitume brûlant des rues de San Francisco mais il y a ce petit quelque chose qui rend le tout bien plus agréable qu’un énième MxPx. La preuve en est le formidable ‘Problem With Numbers‘ qui sonne comme un groupe anglais jouant comme un groupe américain reprenant un groupe anglais ! La petite touche de ska est là dès le deuxième titre et il faut bien reconnaître que la surprise est agréable.

Il faut dire que les petits gars sont signés sur le label des talentueux Canadiens (il y en a) de Belvedere et la fierté du ska punk anglais, les terribles Capdown ! Les voix sont très bien travaillées, rendant le tout très harmonieux, presque à la manière d’Undeclinable. C’est si énergique et ensoleillé qu’on en organiserait presque un tournoi de beach volley sur les rives de la Tamise !

La presse anglaise a écrit de Captain Everything qu’ils étaient un ‘hundred miles per hour pop band‘ jouant du ‘bubblegum thrash pop punks‘ (et je suis contente que pour une fois la palme de la définition la plus ridicule ne me soit pas attribuée). Ce n’est pourtant pas si faux si l’on tient compte du fun qui se dégage de ce troisième album. Sur la chanson ‘Rocket Science‘ on est carrément au pas de la porte de Blink-182 : rythme saccadé, alternance de la voix et les choeurs (‘the time TADA has come TADA to say TADA good night!‘) sont tout à fait sympathiques mais révélateurs d’un punk-rock mélo étriqué frôlant l’auto plagiat. En effet Captain Everything est un groupe d’un optimisme déconcertant qui sait faire preuve de créativité mais qui s’emprisonne trop souvent dans les clichés ‘exigés’ par le genre… tant qu’il le fait bien me direz-vous, il n’y a pas de problème ? Mais peut être un jour nous lasseront-ils ? Ce jour là ce sera dommage ! Des morceaux comme ‘There Is No ‘I’ In Scene‘ ou ‘Drink Till I’m Sick Polka‘ sont irréprochables, le son vaguement brouillon rassure même notre oreille élitiste friande d’underground attitude effrayée à l’idée d’aimer un groupe nian nian. Puis arrive ‘I’d Rather Have a Full Bottle in Front of me Than a Full Frontal Lobotomy‘ qui ne serait pas grand chose sans son titre amusant et son break chaleureux (est chaleureux un break que l’on a envie de chanter à 15 passés les 3 grammes d’alcool dans le sang). Le début de ‘Chuck Me In‘ arrive avec cette impression étrange d’avoir déjà entendu ce morceau sur une dizaine de pistes.

L’album se termine sur un ‘Play Faster‘ aux allures weezeriennes pas déplaisantes mais c’est sur la frustration que me laisse ‘It’s Not Rocket Science‘, si le sentiment d’être dans une machine à laver ne m’a pas quitté de toute cette écoute, je suis plus lessivée que propre et la vitesse va finir par me faire vomir, faut pas abuser des bonnes choses les enfants !