Beaucoup (trop ?) voient dans le grindcore la mise en application de l’expression ‘beaucoup de bruit pour rien.’ Mais c’est peu connaître ce style musical et encore moins l’un de ses plus nobles représentants, Nostromo. Car depuis le magistral ‘Ecce Lex‘, le groupe a pu démontrer tout son savoir-faire quasi-chirurgical dans le travail de composition de morceaux peut-être aussi ‘bruyants’ et ‘violents’, mais en tout cas beaucoup plus fins et précis que le sont les bombardements à la précision dite, justement, chirurgicale (dixit vous savez qui…).

Pour les sceptiques qui en douteraient encore, Nostromo s’est permis de faire une parenthèse dans sa discographie plus qu’électrique, afin de sortir un EP où les Helvètes reprennent en acoustique 6 morceaux tirés de leurs deux premiers albums, et ce après avoir joué un soir unplugged à Genève (‘Sunset Motellive en titre bonus). Et l’on découvre ainsi, à travers ‘Hysteron-Proteron‘, qu’un Nostromo peut en cacher un autre, même si les deux conservent la même âme.

Car le hardcore extrême et torturé du premier laisse ici place à un son beaucoup plus intime, où prédominent de manière magnifiquement sentie les guitares acoustiques, dont les divines harmonies apparaîtraient comme étant presque latines (‘End’s Eve‘). Le traitement des percussions est lui aussi remarquable, mettant en valeur tantôt les cymbales pour le côté aérien (l’intro de ‘Rude Awakening‘), tantôt les tambours pour le côté tribal. Jaja a lui aussi laissé de côté ses cris habituels pour ici adopter un chant presque chuchoté, même s’il se permet par moments des hurlements incisifs mais mesurés, restant ainsi dans le cadre intime, voire religieux de ‘Hysteron‘.

Il va sans dire que la musique très sensible de Nostromo prend ici son plein-essor, le genre d’album à écouter à fond au walkman, aux beaux milieux de ces nuits chaudes où l’on a du mal à s’endormir.

L’album est accompagné d’un DVD ‘Proteron‘, comprenant vidéos live, vidéos backstage et vidéos en tout genre dont une rétrospective de l’histoire du groupe, le tout enfermé dans un digipack à l’esthétisme très soigné.

Un grand disque, à mettre entre toutes les oreilles, aussi bien celles des fans du groupe que celles des amateurs de rock atmosphérique, proche de A Perfect Circle (le magnifique ‘Turned Black‘ qui clôt l’album) ou des arrangements de Hans Zimmer sur la BO de Mission Impossible 2 (je ne vois que ça comme références, à mon infime connaissance…)

En espérant que d’autres groupes adeptes d’un hardcore torturé (je pense très fort à Converge) aient eux aussi la même idée et envie que celle qu’eurent les plus qu’excellents Nostromo.