Alléluia, mes frères et mes soeurs ! Le Amen nouveau est arrivé ! Pour beaucoup d’entre nous, les 2 premiers albums (du moins les 2 seuls à être parus en Europe si on exclut la compilation d’inédits) ont tourné en boucle dans l’attente de ce ‘Death Before Musick‘, espéré comme le nouveau prophète de la musique anti-commerciale et furieusement hors normes, inclassable et indiscutablement politiquement incorrecte. Après de multiples changements de labels pour des raisons qui restent encore obscures, les 5 compères, dont Casey Chaos reste le seul issu l’ancienne formation (et oui, exit l’excellent Sonny Mayo, ex-guitariste de Snot), se retrouvent chez Columbia, pour le meilleur et pour le pire. Mais on ne peut pas se le cacher, même si Amen a perdu ses musiciens, ce n’est pas si grave puisque Amen, c’est Casey. Ceux qui ont eu la chance de voir le monstre sur scène savent de quoi il en retourne, et beaucoup ont encore à l’esprit les rumeurs qui ont circulé sur lui crachant du sang en studio, s’auto-mutilant pour crier sa douleur, qui ont fait grandir l’intérêt des foules pour ce psychopathe. Il faut dire qu’il ne se ménage pas non plus, le pauvre, puisque ses problèmes de santé, eux, n’ont rien d’une rumeur. Alors dans ces conditions, après ces quelques temps de galère et d’errance de maison de disques en maison de disques, que donne ce nouvel album ?

D’abord, il faut dire que faire mieux que ‘We Have Come For Your Parents‘, dont chaque titre était une révolution à lui seul, était une tâche des plus difficiles. Même s’il était passé assez inaperçus dans l’hexagone, surtout à cause d’un refus de faire des efforts du côté marketing de chez Virgin, malgré le tampon Ross Robinson collé dessus, il est resté dans certains esprits, comme le mien, et surtout aux Royaume-Uni (il suffit de voir la campagne de support financier qu’ont lancé les fans britanniques) comme un des plus grands albums de sa décennie ou peut-être même plus. Et à l’écoute de ‘Death Before Musick‘, on est bien forcé d’admettre que la comparaison est inutile. ‘Liberation For…‘ ouvre le bal et on retrouve le bon son thrash des guitares, Casey se met à scander ses formules de propagande anti-capitaliste de sa voix inimitable et on se dit ‘merci mon dieu, c’est du Amen‘. Mais la suite ne sera malheureusement pas à la hauteur de ces espérances. Le single par exemple, ‘California’s Bleeding‘, pose un sérieux problème. En effet, Casey à toujours contredit ceux qui le rangeaient dans la catégorie punk, ce qu’il confirme bien dans le clip de ‘California’s Bleeding‘ avec ses banderoles ‘Punk Is Profit‘…mais ce titre, entre ses couplets à la Sex Pistols et ses choeurs à la Rancid semble bien fade et on pourrait très bien l’attribuer à n’importe quel groupe de punk old school californien. Et la suite n’est pas beaucoup plus réjouissante : ‘Neutron Liars‘ s’impose comme un copié collé de refrains mansonniens et de guitares rétro style Murderdolls.

Où est la rage innommable d’un ‘Mayday‘ quand Casey hurlait des ‘Take your bible, burn it alive‘ ? Où est le nihilisme absolu d’un ‘Refuse Amen‘ ? On prie tout au long de l’album pour sentir la petite étincelle de folie d’un ‘Coma America‘ dans la voix d’un homme désespéré et mis en pièce par la société de consommation…mais non… Bien sûr, on retrouve éparpillés un peu partout sur les 43 minutes et les 15 titres de l’album de petits fragments trop rares de la rébellion de Casey, comme dans ‘Abolishment Of Luxury‘, qui sonne comme un véritable hommage à Johnny Rotten, tant la voix du leader prend des accentuations similaires. Dans ‘Bring Me The Heads‘, Casey lâche des noms sans aucune pudeur rappelant l’excellent ‘CK Killer‘ et ‘We Got The Bait‘ entraîne avec son alternance de rythmiques hardcore et ses mid-tempos.

Ce qui est dommage c’est que ce ‘Death Before Musick‘ rencontrera à n’en pas douter un succès beaucoup plus grand que ses prédécesseurs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est beaucoup plus facile à écouter et moins perturbant au niveau de ses lyrics. On ne peut pas nier que les refrains de ‘Hello (One Chord Lovers) ‘ ou encore ‘Sorry, Not Sorry‘ sont agréables au tympan avec leurs riffs à la limite du néo, mais dire à Casey, l’homme qui voulait être le plus détesté par les mères de familles américaines, que ses mélodies sont ‘agréables’ serait sûrement le plus grand affront que l’on puisse lui faire. Pour conclure à propos de cet album, qui est tout de même très très loin d’être mauvais, on peut juste dire que découvrir un artiste aussi énorme et charismatique que Casey Chaos en écoutant ‘Death Before Musick‘ serait comme découvrir Max Cavalera en écoutant Soulfly : c’est peut-être plus facile mais beaucoup moins percutant et incisif.